La bonne surprise
Je me morfondais dans les grandes salles de l’agglomération grenobloise alors je suis allé à la MJC de La Tour du Pin pour la Conférence Complètement Contemporaine, 8ème du nom. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir devant un spectacle. C’est sublime, grotesque et subversif, subtile, clownesque et combatif. Du spectacle bien vivant, bien en chair, décomplexé et décontracté: ça déborde du jean mais y’en a pour tout le monde.
Au XIXe apparaît l’idée, avec Wagner comme figure de proue, que le théâtre doit être une cérémonie empreinte de gravité. On plonge les spectateurs dans le noir, ils doivent être silencieux et ne pas perturber les comédiens. Une tension noble et religieuse doit peser de tout son poids dans l’assemblée. L’idée s’est répandue et un siècle plus tard, les spectateurs distingués, à la Maison de la Culture de Grenoble, savent se tenir et prennent garde à ne pas respirer trop fort. Mais la compagnie de l’Arbre nous rappelle que le théâtre, ça peut aussi être une fête : de l’excès et de la vie.
Le spectacle est composé d’une succession de sketchs, de textes plus sérieux et de chansons. Sur le mode d’un journal télé ou d’une émission de radio, on passe d’une rubrique à l’autre de sorte à faire un tour de l’actualité. Les comédiens tiennent un rythme vif durant deux heures, sans vrais moments de faiblesses. Ils pratiquent avec un plaisir évident le grand écart entre les moments graves et les jeux de mots débiles. Ca donne quelque chose comme le fruit d’une alliance invraisemblable entre Berthold Brecht et Alain Chabat – un cocktail assez jouissif donc. C’est bourré d’idées, bourré de texte, on nous envoie tout dessus, sans emballages et sans préambules. Ca donne le tournis mais c’est plaisant.
Sur le fond, on a affaire à un spectacle militant. Les acteurs attaquent le capitalisme et les élites politiques qui le défendent. Cette thématique occupe une place centrale. Je trouve qu’ils abordent ça sainement, sans manipulations car il n’y aucun discours idéologique sous-jacent : le parti pris politique est clair et assumé. Les comédiens développent leur point de vue critique en traitant de façon décalée l’actualité, ou, plus directement, en expliquant leurs souffrances, leurs espoirs à ce sujet. Ceci donne d’ailleurs lieu à des moments touchants parce que complètement sincères : le comédien, et non le personnage, nous parle de ce qui le tracasse.
Sur le plan du jeu, les comédiens n’ont pas une technique en béton, ni une précision de métronome, d’où un effet un peu brouillon. Mais ça alimente en fait le côté débraillé et foutraque de la conférence. Les acteurs mettent le feu avec une générosité et une envie remarquable: ce n’est pas parfait mais c’est beau, la mécanique n’est pas millimétrée mais elle les propulse quand même. Les acteurs crient, le public répond et l’ensemble porte loin.
Roland Tarte
Attention : les réservations sont closes pour les représentations des 21, 22 et 23 février 2014 (COMPLET). En raison d'annulations de dernière minute, quelques places sont cependant disponibles...
