Un joli spectacle vide
Quand je rentre dans un théâtre, j’espère en tirer quelque chose. J’ai des attentes assez simples et suffisamment diverses pour pouvoir m’adapter: j’aime bien rire, j’aime bien être ému, j’aime bien réfléchir ou j’aime bien être surpris. Hors, ici, je n’ai rien trouvé. Nada. Je suis sortis de la salle et je suis passé à autre chose, rien ne m’avait marqué, rien ne m’avait atteint.
Ce spectacle est un conte dont je n’ai pas compris l’histoire. On y suit le parcours d’une petite fille perdue. Elle a une sorte de mentor qui s’appelle Babel et son père est un vieux roi fou. J’ai vu qu’on voulait m’attendrir en me montrant une enfant guillerette et un vieux gâteux qui cohabitent, mais je n’ai pas bien compris les enjeux de leurs relations. Un conte sans contenu, il lui reste sa forme : le style grandiloquent du conte. Du coup, chaque mot de la gamine est sur-joué, entre ses répliques elle pousse de petits cris de dessin animé, ces mouvements sont convenus… Tout cela est mignon mais moi je me suis ennuyé.
En fond de scène : un écran vidéo. On y voit tout un univers numérique, une forêt magnifique notamment. C’est harmonieux, de bon goût, finement tracé : esthétiquement parfait. Mais cette beauté là, picturale, lisse, épurée, c’est la même dont on use à la télévision pour me faire acheter des yaourts. Je veux voir autre chose au théâtre qu’une belle conception graphique, propre et nette.
Terminons par l’écriture. Jouanneau aime cette idée que les mots sont des êtres vivants : ce ne sont pas des choses froides et distantes, ce sont des êtres flamboyants et magiques. L’héroïne en use, ce sont des armes, ils recèlent des secrets et on peut les tenir dans la main. Elle apprend même par coeur le dictionnaire dans son amour pour la langue. C’est ce qui m’est parvenu du spectacle : il parle… de la parole. Et la pièce se ferme sur elle-même.
Le théâtre de texte au XXIème siècle en France est un art démodé : les industries culturelles lui ont mis une tarte en terme d’audience et l’école lui a collé une allure guindée et noble. Alors, qu’est ce qu’on doit faire ? On peut essayer de parler de notre société, des gens, de nous, afin de montrer que le théâtre est un moyen d’expression intéressant. On peut aussi utiliser les mots pour parler des mots, utiliser le théâtre pour parler du théâtre. Mais quand les artistes se regardent le nombril, moi j’ai envie d’aller voir ailleurs.
Roland Tarte
Le Grand Vizir renchérit
Saad
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