Texte : Valérie Vagné – Jeu : Valérie Vagné & Emilie Geymond -- Compagnie Telkel -- Vu le 8/03/2014 au Prunier Sauvage – Grenoble
Fibre maternelle ?
« On ne naît pas mère, on le devient… comme on peut ! ». Plus qu’un résumé du spectacle, cette phrase extraite du dossier de présentation devrait figurer au panthéon des maximes les plus sensées. Selon la compagnie Telkel, la fibre maternelle est tout sauf acquise... brèves explications:
Les mères veillent, comme son nom l’indique parle donc de maternité: vaste sujet que l’on qualifierait volontiers d’original dans la mesure où il est assez peu abordé sur les plateaux de théâtre. On comprend d’ailleurs bien vite que le traitement proposé par notre duo sera pour le moins caustique : dès la fin de la chanson d’ouverture (Des roses blanches pour Maman), le ton est donné.
A partir de situations plus ou moins ordinaires, Valérie Vagné s’en donne à cœur joie pour détourner le cliché de la fibre maternelle si douce vers des contrées beaucoup plus sombres. Quand la petite Deborah attend ses parents à l’accueil du supermarché, c’est une mère complètement névrosée qui vient parler au public de sa fille en des termes peu flatteurs, la dame en question étant manifestement trop narcissique pour pouvoir aimer « une chair de sa chair si étrangère ». Dans la même veine, il y a la mère d’ « Audrey Hepburn », triste quinquagénaire ou sexagénaire au ravalement de façade encore très frais qui tient à célébrer les trente ans de sa fille parce que son gendre et ses petits enfants lui ont demandé… Entre le texte incisif et la géniale interprétation d’un personnage qui a bien du mal à savourer son éclair au chocolat par petites bouchées, on assiste à un pur régal (sur la scène hein! pas dans l’assiette).
Il y a aussi des sketchs en duo, qui déploient un humour plus décalé comme ces deux mères qui font un trajet en bus avec une seule place assise - et qui aboutit sur un joli retournement de situation - ou ces deux femmes qui trouvent un landau égaré dans un parc et qui, passé les premières rivalités, vont finalement faire équipe dans leur quête d’enfants assez malhonnête.
Les mères veillent , c’est donc en quelque sorte un spectacle de café théâtre qui se propose de traiter un sujet plutôt rare en naviguant sur une mer d’humour noir (pour ne pas dire de névroses !) tantôt gratuit tantôt parfaitement ancré dans son époque, et c’est une façon de faire qui lui réussit drôlement bien. Quant au rappel auquel vous pourriez avoir droit, il mérite à lui seul une standing ovation…
