Texte de Martin Crimp, mis en scène par Emilie Chehilita - L’illustre Compagnie Inutile
Lors d’une soirée de télé réalité, j’avais été atterré par un conseil, que les candidats se refourguaient comme un leitmotiv: « change rien, reste toi-même ». Comme si on était un bloc de matière inerte, que l’on pourrait modeler soi-même !
L’illustre Compagnie Inutile s’attache ici à nous montrer comment l’homme (une femme en l’occurrence, Anne de son prénom) est malléable, protéiforme, multiple. Plus spécialement c’est la vision que les autres ont de nous qui est ici questionnée. Anne, que l’on ne verra jamais, est vue différemment à travers les yeux des différents personnages qui la décrivent au fur et à mesure de la pièce: des scénaristes, ses parents… L’auteur cherche t-il à montrer que nous ne nous forgeons des autres que des images fantasmées, déconnectées de la réalité du sujet ? Que la société entière produit des récits ? Des histoires lisibles et compréhensibles, loin du chaos qu’est la vraie vie d’un individu ? Une jeune spectatrice faisait remarquer en sortant de la salle l’injustice de ces récits devant la réalité brute vécue par Anne… Ne seraient-ce pas ces « atteintes à sa vie » dont parle le titre ?
Ce thème passionnant est à la base de cette pièce foisonnante, mise en scène par la passionnée Emilie Chehilita. La scénographie présente un parti pris esthétique intéressant et fort. Il y a aussi des danses et du chant. Mais parfois, l’ensemble manque de tenue. On aurait aimé que les liens entre les différents éléments apparaissent plus clairement, comme ce décor en patchwork qui ne semble pas toujours cohérent avec la mise en scène. Le rythme semble lui subir quelques accélérations injustifiées, comme si l’on voulait nous montrer un maximum de scènes en peu de temps… Les acteurs eux-mêmes ont l’air pris dans ce tourbillon, au détriment d’un « jouer ensemble ».
C’est bien dans ses scènes les plus posées que le spectacle trouve son ton le plus juste, dans des moments de narration simples et naturels. La voix de Martin Crimp est alors donnée dans toute sa force.
Représentations :
Attention, ce dimanche 13 juillet : dernière représentation au OFF d’Avignon – théâtre du Centre !! Vous pourrez ensuite les retrouver en octobre à Paris, au théâtre de Ménilmontant.
Ci-dessous, lien critique vers une autre mise en scène sur un texte du même auteur
Play house - dans la tête du spectateur: au festival d'Avignon durant tout le OFF !
De Martin Crimp -- Mise en scène, scénographie, costumes : Rémy Barché -- Photo: Axel Coeuret " Comment les personnages se débattent-ils avec leur artificialité ? " Telle est la question qui ...
http://www.danslateteduspectateur.fr/2014/07/play-house.html
