Seul en scène écrit par Lee Hall (scénariste de Billy Elliot), interprété par Laetitia Poulalion, mis en scène par Alain Batis.
Vous vous souvenez sans doute du film Billy Elliot et du passage mémorable où le jeune passionné de danse doit intégrer une grande institution. Lui, le gamin des quartiers, semble bien mal à l’aise pour répondre à la question : « qu’est-ce que ça vous fait de danser ? » Il balbutie : « Je ne sais pas. Je ne sais pas. (…). C’est comme du feu, comme de l’électricité ». Et le petit Billy avec sa sincérité lumineuse fera une grande carrière de danseur (voir lien vers extrait vidéo)
Dans cette pièce, c’est une petite fille surnommée « Face de cuillère » qui nous chante son hymne à la vie, aux étincelles cachées en chacun de nous et qui ne demandent qu’à sortir. Drôle de nom pour une fillette ! Son visage est déformé de naissance. Elle est une enfant singulière. « Attardée » dit-elle. « Autiste » précisent les médecins en voyant qu’elle est surdouée dans les nombres. Elle nous raconte sa vie, nous livre sa façon de voir le monde. Même dans la maladie ou le handicap, elle s’ouvre à la vie. A la vie qui est là, envers et contre tout. Comme une plume qu’elle souffle, qui monte et descend délicatement dans les feux des projecteurs.
Au début du spectacle, on peut se demander pourquoi la comédienne mime l’enfant attardé. On se demande même s’il n’y a pas manque de respect lorsque celle-ci singe son articulation. Puis la voix se fait douce, musicale, touchante. Les interludes (opéra ou fabrication de marionnettes) apportent une respiration qui permet de s’habituer à cette diction particulière. On commence alors à s’attacher follement à cette gamine, la comédienne déployant une belle tension dramatique. Et lorsque celle-ci parvient à marcher sur le fil tendu de la confidence sans tomber dans le vide de la complaisance, le spectacle décolle littéralement ! (on est alors dans la deuxième moitié de la pièce). Dans l’échelle de l’humanité, il semble que les enfants soient plus courageux que leurs aînés.
Face de cuillère est une sorte d’hymne à la vie et à l’amour, un spectacle qui, à l’instar de son personnage, donne envie d’offrir au monde ce que l’on a de mieux.
Nicolas Alexandre
Avignon OFF 2014
