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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Yukonstyle

Publié par Saad sur 4 Décembre 2013, 14:32pm

Catégories : #théâtre contemporain

Yukonstyle

Texte : Sarah Berthiaume / Mise en scène : Célie Pauthe / photo : Elisabeth Carecchio

Vu le 03/12/13 à la Mc2 Grenoble

Malaise sur le Yukon

Dans un style réaliste, Yukonstyle propose d’accompagner quatre personnages écorchés vifs dans une tranche de vie commune, perdue dans l’extrême Nord du Canada. Un moment de théâtre contemporain …avec des faiblesses de théâtre contemporain.

Le soucis est probablement que l’écriture coule comme le fleuve qu’elle évoque ça et là (le Yukon), et les scènes se succèdent ainsi sans autre ambition que de montrer Garin, jeune métis amérindien aussi agressif que farouche, son père (Dad’s), sa colocataire Yuko et enfin Kate, jeune fugueuse recueillie (et imposée) par Yuko, tous les quatre évoluant dans une dérive plus ou moins franche. L’instauration d’une ambiance prime donc largement sur la construction d’une intrigue, versant au passage dans l’écueil de la dispersion (moult thèmes abordés tels que la routine sclérosante des petits boulots, la détresse affective, l‘avortement, les violences raciales à travers la prostitution de femmes amérindiennes, mais aucun véritablement traité…). Un parti pris d’écriture qui divise donc d’emblée le public, même si la dimension réaliste de la pièce paraît globalement crédible tandis que le traitement visuel fait montre d’une homogénéité certaine avec une pénombre quasi omniprésente sur tout ou partie du plateau. L’occasion de souligner la réussite de certains effets de mise en scène, telle que la projection de marais qui se fondent dans la noirceur scénique, ou les transitions entre les différents moments du récit qui s’opèrent généralement comme des glissements tout en finesse.

Une esthétique soignée donc, qui n’empêche pas le texte de tomber dans certains écueils du théâtre contemporain : les « envolées poétiques *» envisagées par l’auteur comme des « zébrures d’or qui traverseraient une nuit polaire *» donnent lieu pour moitié d’entre elles à des descriptions assez plates, voire des discours abscons. Voilà qui accentue l’envie de passer son chemin plutôt que de s’arrêter dans cette contrée du Yukon pour contempler tout ce petit monde en proie aux affres de l'existence.

*Extrait de la note d’intention de l’auteur.

Représentations MC2 du mardi 3 au samedi 14 décembre, voir lien ci-dessous pour horaires précis

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