De et par Geneviève de Kermabon -- Vu le 26/07/13 au Théâtre des 3 soleils - Avignon
Sujet délicat que le plaisir sexuel féminin représenté au théâtre. Geneviève de Kermabon relève pourtant le défi avec brio. Le fond est fort mais sans pathos et la forme légère, pétillante voire drôle.
Bluffante de justesse, l’actrice multiplie les personnages et les formes de représentations (cirque, masque, marionnette…), mais ne perd jamais de vue son objectif: faire tomber les idées reçues. Elle montre que chaque vie intérieure est singulière. L’artiste est partie d’interviews, une quarantaine au total, de femmes et d’hommes de vingt à cent ans, glanées aux hasards des rencontres (on retrouve en intégralité ces interviews dans le texte que l’on peut se procurer à la sortie du spectacle).
La pièce s’articule autour du personnage de Charlotte, femme mariée et soumise aux caprices de son homme. Elle s’interroge sur sa propre vie et convoque alors différents personnages pour avancer dans sa quête du plaisir. La représentation commence très fort par le récit tiré d’une des lettres de Grisélidis Réal. L’ancienne prostituée raconte comment elle est tombée amoureuse à 76 ans, comment cette histoire naissante était pleine de naïveté et d’exaltation… avant que l’homme en question ne lui demande une gâterie dans une cour intérieure ! Charlotte tire alors de cette anecdote son premier enseignement : « si une ancienne prostituée pouvait refuser, alors pourquoi pas moi ? ». Plus tard, elle tente une expérience hors norme : sortir dans la rue habillée en prostituée pour éprouver le regard des hommes. Cet épisode lui permettra de prendre du recul sur sa propre condition de femme soumise : « faire la pute pour m’apercevoir que mon couple est fichu, c’est quand même très enfantin… ». La quête de la vérité intime prend parfois des chemins inattendus…
Voilà un spectacle où les hommes comme les femmes se reconnaîtront sans doute. Quant à l’homme qui traite sa femme comme son obligée, il en prendra pour son grade. Tous les autres seront émus de ces récits sans fard, qui touchent à l’universel, mis en scène avec beaucoup de justesse et de beauté.
Représentations
Festival d'Avignon : du 6 au 31 juillet 2014
à 22h30 au Théâtre de l'Etincelle
