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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Pacamambo

Publié par Saad Vs Bernard sur 26 Juillet 2013, 01:52am

Catégories : #AVIGNON2013- Explorat° OFF & Best OFF, #théâtre contemporain, #1 spectacle & 2 opinions, #Les contributions de Camarade Bernard, #Création 2010

Pacamambo

Texte Wajdi Moawad – Mise scène de Marie Provence

Vu le 11-07-13 à l’Entrepôt

Du jeune public pour les adultes ?

On peut être un auteur reconnu par la critique internationale et produire un texte mineur, notamment quand on s’aventure sur un terrain qui n’est pas le sien.

Wajdi Moawad est selon de nombreux critiques le grand tragédien moderne. Votre serviteur ne demande qu’à s’en faire l’écho, n’ayant pas encore eu l’occasion de voir ses pièces avant Pacamambo. Or, ce n’est pas celle ci qui confortera sa réputation de grand auteur.

Julie, âgée de douze ans, perd sa grand-mère adorée, Marie-Marie. Soit. Soyons clément : on peut admettre qu’une fille soit triste bien que l’événement en question soit d’une grande banalité. Voyons donc comment la question de la confrontation au deuil est traitée, et là ça devient lourdingue. Si on peut entendre que Julie soit révoltée et que ce sentiment la pousse à passer trois semaines en compagnie du cadavre, tentant de le maintenir dans un état présentable grâce à sa boite de maquillage, il y a un gros problème sur le plan de l’adresse. Quel est en effet le public concerné ? S’agit-il d’enfants ou d’adultes ? Or la pièce hésite. Le chien de Julie a par exemple la parole, voilà qui est bon enfant. Il est même ultra potache avec son humour qui consiste à mimer des ninjas et autres G.I Joe lorsque Julie s’énerve parce qu’il refuse d’obéir à ses ordres. Choix de mise en scène ou didascalie ? Votre serviteur a en tous cas souri à ce moment là…par respect pour la performance du comédien qui se démenait face à un public inerte car probablement trop désorienté par les écarts de ton. Difficile en effet d’accrocher naturellement quand quelques minutes plus tôt, la scène d’exposition assez solennelle montrait Julie en entretien très sérieux avec sa psychologue. La clarté n’est donc pas de mise et le texte sonne creux. Quant à son allure poétique, joliment rendue par la mise en scène, elle ne parvient assurément pas à combler ses lacunes.

Dates de représentations Avignon 2013
Théâtre l’Entrepôt
du 6 au 31 juillet à 15h30

L’avis de Bernard :

La mort est un sujet particulièrement difficile à traiter au théâtre. Bien qu’universelle, la perception et la représentation que chacun de nous en a sont en effet intrinsèquement liées à un aspect culturel, souvent peuplé d’interdits, de tabous, de fantasmes et de dénis qui nous sont à la fois propres mais aussi transmis par notre éducation. C’est pourquoi le choix de Wajdi Mouawad d’aborder ce thème délicat via le ressenti d’une enfant de 12 ans, confrontée au décès de sa grand-mère et qui se retrouve seule et isolée trois semaines durant dans une cave, avec pour seule compagnie la défunte et son chien, constitue ce que l’on peut appeler une gageure.

Pourtant, l’auteur ne s’en sort pas trop mal et la mise en scène de Marie Provence réussit assez bien à rendre crédible l’attitude des adultes, dont les angoisses et les inquiétudes sont livrées aux spectateurs par la voix d’une psychologue pour enfants. Et pour exposer une vision différente de la mort, volontairement plus légère et onirique, car vu cette fois à travers le prisme du cerveau d’une enfant, l’auteur transpose la dramatique réalité en un monde imaginaire et allégorique bien plus acceptable pour cet enfant. Ainsi dans ce monde, les morts conversent encore avec les chiens, parlent à la lune et « la mort » banalisée en femme pressée et buveuse de thé devient un personnage presque sympathique.

L’actrice qui interprète l’enfant est excellente et la prestation de celui qui joue le chien remarquable. Les très jeunes spectateurs apprécieront certainement les pitreries du chien même s’il semble peu probable qu’ils comprennent la symbolique de la pièce. Quant aux adultes, malgré la lourdeur du sujet et l’histoire peu crédible, s’il leur reste une part d’enfance accessible et mobilisable, ils pourront sans doute s’identifier à cette enfant et comprendre qu’il peut parfois être salutaire de passer par l’imaginaire pour être en capacité d’affronter la dureté de la vie.

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