Sur le dossier de présentation de ce spectacle, on peut lire les deux résumés suivants : « A travers le récit d’une jeune femme qui se confie à Robert Smith (ndlr leader de THE CURE), apparaissent les fantômes vieillis des rêves de jeunesse. » et « inCURablE est une pièce à trois personnages. Trois personnages qui refusent de grandir, qui ne veulent pas renoncer à leur rébellion de collégiens, qui hésitent à passer à autre chose. »
Sur le plateau, y a-t-il un lien entre ces deux résumés ?
La pièce s'ouvre sur une demoiselle qui nous raconte son malaise de jeune femme complexée par son physique, qui selon elle la réduit au rang de faire-valoir auprès des jolies filles du collège. Un après-midi dans sa chambre « blanche, verte et rose », elle entend la voix de Robert Smith. C’est le début d’une histoire d’amour éternelle, qui sera vécue comme une perte de soi, un abandon. Imitant les gestes, la voix, la coiffure du chanteur, sa personnalité sera bridée par son idolâtrie pour la rock star.
Arrivent ensuite deux autres personnages, Roxanne puis Rodolphe, qui vont partager une sorte de descente aux enfers prenant ses sources dans un malaise adolescent similaire. Une crise existentielle qui colle à leur Doc Martens de post-adolescents. A l’instar du premier personnage, leur présentation passe par une bande son emblématique des années 80/90 (des tubes de The Cure, mais aussi Noir Désir, Nirvana, Les Bérurier Noir…).
Mais la caractérisation de ces personnages ne va pas s’arrêter à leur mal être adolescent. A ce stade du récit, le spectateur peut se sentir mitigé entre la matière théâtrale qui prend naissance sous ses yeux et le cheminement de la pièce qui semble s’écarter du point de départ. Rodolphe et Roxanne vont en effet occuper le devant de la scène allant jusqu’à interagir entre eux, donnant naissance à une scène de dispute assez forte qui va jusqu’à éclipser le propos initial.
Si Fani Carenco creuse avec lucidité la question du malaise adolescent dans un élan nostalgique, la dramaturgie se scinde et la pièce perd en lisibilité lorsque l'auteure La matière théâtrale s’enrichit mais la dynamique s’éparpille. Difficile alors de faire le lien entre la narration de l'adolescente et le jeu théâtral des deux autres personnages.
Au reste, on peut aussi prendre cette proposition comme un théâtre hybride qui oscille entre témoigange sur l'idolâtrie rock des années 80/90, et un théâtre dramatique qui raconte la trajectoire affective de deux écorchés vifs. C'est probablement le point de vue à adopter pour profiter au mieux de ce spectacle.
Nicolas et Saad
Avignon OFF 2014
Théâtre de l’Adresse à 21h15 jusqu’au 27 juillet.
