Scénario et mise en scène de Jérémie Le Louët sur une écriture collective (compagnie des Dramaticules)
Inventifs, Satiriques et Réjouissants
Affreux, bêtes et pédants est un spectacle dont le sous-titre indique « une satire de la vie culturelle française ». On aurait envie de rectifier cette indication dans la mesure où la culture ne se limite pas au monde du spectacle vivant, qui est plus exactement l’objet de la pièce, mais au sortir de celle-ci on serait plutôt tenté de rajouter au sous-titre : « … et superbe leçon de théâtre ».
Quand on rentre dans le théâtre du Girasole à Avignon pour assister à la représentation de Affreux, bêtes et pédants, le public se trouve face à sa propre image projetée en fond de scène grâce à une caméra qui retransmet en différé. Arrive ensuite Noémie Guedj, la chargée de diffusion qui rappelle le protocole habituel du portable à éteindre et explique au passage que des poursuites judiciaires sont à craindre si on a le malheur de sortir une caméra ou un appareil photo. L’entrée en matière très glaçante donne bien le ton très pince-sans-rire du spectacle : ON NE PLAISANTE PAS AVEC LE THEATRE MONSIEUR !!!... sauf si l’on en dresse une satire et la troupe absolument brillante menée par Jérémie Le Louët s’y retrouve à merveille, proposant même plus que de la satire, au sens où la compagnie propose des tentatives de mise en scène très rares au théâtre.
C’est le cas du « débat » avec le public qui suit le « manifeste du futurisme » (texte d’un auteur estampillé ‘intelligentsia universitaire’ et livré en introduction du spectacle dans une parodie de penseur rhéteur hurlant son intellect sur fond de musique wagnérienne) et qui montre à quel point le théâtre reste le lieu le plus déstabilisant de la planète. Cette parodie de fausse démocratie est tellement bien menée que les gens susceptibles de quitter la salle à ce moment fatidique ne feraient que servir un peu plus l’efficacité de la mise en scène. Heureusement la majorité des gens restent pour poursuivre l’aventure et ils ont bien raison car lorsque vient l’heure de parodier les « présentations de saison », on assiste à un sommet d’hilarité rarement atteint sur les plateaux de théâtre (prévoyez des couches culottes).
Comme on l’a écrit plus haut, la compagnie ne se contente pas de dézinguer toute la pédanterie ou la vanité que l’on peut parfois trouver dans les théâtres. Dans la longue scène où une troupe répète Phèdre, le dispositif de caméras, jusqu’alors utilisé pour renforcer les parodies sur le théâtre contemporain, propose de doubler le point de vue sur le travail des comédiens (alors visibles de face comme de dos) et n’offre que plus d’emphase à la tyrannie du metteur en scène qui dénigre ses comédiens sous prétexte de les diriger.
Entre satire du théâtre et ode au potentiel d’inventivité qu’offre ce même espace, la compagnie des Dramaticules livre avec passion et virtuosité un spectacle tellement dense que 10 critiques aiguisées ne suffiraient pas à en faire tout le tour. Vous aurez compris ce qu’il vous reste à faire…
Avignon OFF 2014
Du 5 au 27 juillet 22h30 au Théâtre du Girasole, relâche le 23 juillet)
Parenté thématique : , voir lien ci-dessous
/image%2F0344978%2F20140521%2Fob_c1c46d_pourvu-qu-il-karim-houari-02-carrousel.jpg)
Mise en scène et jeu Grégory Faive -- Conception du montage Anne Castillo & Grégory Faive -- Regard extérieur Anne Castillo -- Photos et lumière: Karim Houari -- Textes Extraits des œuvres de...
http://www.danslateteduspectateur.fr/2014/05/pourvu-qu-il-nous-arrive-quelque-chose.html
