D’après le texte d’Henrik Ibsen -- Traduction et adaptation d’Olivier Cadiot et de Thomas Ostermeier -- Mise en scène : Thomas Ostermeier -- photo : Mario del Curto -- Vu le 7/02/2014 à la MC2-Grenoble
« Richesse du texte et de la scénographie », telles sont les impressions au sortir de ces Revenants mis en scène par l’un des hommes de théâtre les plus respectés depuis déjà deux décennies: Thomas Ostermeier.
De quoi parle Les Revenants ? D’inceste ? De tares, comme dans les romans naturalistes ? D’omerta encouragée autant par la crainte du scandale que l’ascendant religieux ? D’alcoolisme ? Vous l’aurez compris : il est ici question de tout ça (et certainement bien plus), mais ne soyons pas rebutés par ce menu d’un tragique peu ragoûtant car comme dans tout grand texte qui se respecte, la façon de faire compte au moins autant que les ingrédients…
La pièce se présente donc comme une tragédie familiale qui semble articulée autour du personnage de la mère : la notion de secret étant un thème incontournable de la littérature mondiale, Frau Alving a de quoi alimenter l’intrigue entre celui qu’elle révèle au pasteur Manders, tout éberlué d’apprendre que sa relation de couple ne fut qu’une mascarade de bout en bout, et celui qu’elle tient vis-à-vis de son fils Oswald, qui ignore tout des turpitudes paternelles.
Si la pièce peut paraître un peu caduque dans sa critique de conventions religieuses qui se sont raréfiées en Occident, la plume d’Ibsen n'en demeure pas moins réjouissante. Le cadre religieux instauré par le pasteur Manders se délite au fur et à mesure que la nature humaine reprend du terrain, poussée à bout par cette rétention des sentiments qui ne peut déclencher qu’une bouffée d’oxygène après autant d’apnée. Et cette rétention des sentiments, Valérie Dréville et François Loriquet l’incarnent à merveille. Frau Alving a beau en effet témoigner ouvertement son affection et plus encore au pasteur Manders, elle ne peut briser le bouclier invoqué par celui-ci chaque fois qu’il commence à se sentir envahi du même sentiment. La tension amoureuse est tout aussi palpable lorsque Régine (la servante de Frau Alving incarnée par une Mélodie Richard à la candeur assez bluffante) rigole nerveusement face à Osvald.
Côté plateau, la scène tournante sur laquelle évolue tout ce beau monde passerait pour un simple gadget s’il ne s’insérait pas aussi bien dans cette mise en scène à la fois mobile et feutrée. Sous la lumière spectrale des projecteurs, ce dispositif a priori tout à fait dispensable semble en effet rejoindre dans sa façon de se mouvoir la dynamique du texte: progressif et sans le moindre à-coup. Les projections intermittentes de landes en noir et blanc durant l’obscurité des entractes achèvent de plonger cette tragédie dans un clair obscur qui parait tout à fait approprié. Tout ça est plutôt captivant…
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