Mise en scène Stéphane Ricordel -- Dramaturgie et images Olivier Meyrou -- Avec Alexandre Fournier & Matias Pilet -- photos : Christophe Raynaud de Lage
Vu le 14/01/14 à la MC2 - Grenoble
Beauté et mauvais goût...
En hommage à l'acrobate Fabrice Champion qui a perdu l’usage de ses jambes suite à un accident survenu dans l’exercice de son art, deux de ses amis décident de monter un spectacle tout simplement intitulé « Acrobates ». Si la démarche parait compréhensible, qu’en est-il de la mise en œuvre ?
Le spectacle commence par les extraits d'un film consacré à Fabrice Champion (Parade). On le voit tantôt de retour au gymnase tentant de remettre en forme ses capacités avec l‘aide de ses deux amis, Alexandre Fournier & Mathias Pilet, tantôt exprimant la révolte que lui inflige son handicap. Passée l‘introduction vidéo, les deux amis entrent en scène. Sur un plan oblique, disposition scénique qui permet d’une certaine façon d’augmenter l’effet visuel déployé par certaines acrobaties, les deux acolytes déploient les figures exploitant pleinement les ressources offertes par l’inclinaison du plan tandis qu’une bande son diffuse des sons amplifiés de balle de ping-pong, l’effet est plutôt prenant.
Arrive alors la séquence qui fâche, et qui semble d’ailleurs diviser le spectacle en deux parties : l‘annonce du décès de Fabrice Champion. Qu’une bande son diffuse le témoignage de douleur qui s’en est suivi, soit, mais que celle-ci fasse aussitôt l’objet d’un montage pour être diffusée en boucle et qu’y succède une autre boucle sonore reprenant la révolte de Fabrice Champion tandis qu’un de ses amis joue sur scène un acrobate échouant dans tous ses élans, voilà qui suscite l’écœurement plutôt que l’émotion. Par ce déballage très instrumentalisé de l’émotion et en l’occurrence de douleurs, ces passages renvoient au racolage produit par la télé-réalité. Rappelons qu’avant que ce genre télévisuel ne devienne monnaie courante sur les tubes cathodiques, les médias français parlaient de Thrash TV au cours de leurs reportages sur les tendances américaines des années 90… anecdote qui en dit long sur la normalisation de la décadence contemporaine.
Passé ces deux malheureux épisodes, qui se terminent soit dit en passant par la longue diffusion d’un son aigu flirtant avec le seuil de tolérance auditive, on passe à la crème du spectacle : des figures célébrant le tact, l’assurance, la force et la confiance donnant à voir des portés acrobatiques entre une personne désarticulée et un ami bienveillant. La beauté reprend alors ses droits, mais le talent incontestable (et très impressionnant) des deux acrobates ne parvient pas à gommer l’obscénité propre à un théâtre qui verse dans le racolage par une surenchère émotionnelle de mauvais goût. Dommage.
Représentations MC2 Grenoble jusqu'au 18 janvier 2014 Autres dates de tournée disponibles sur la page facebook du spectacle
