D’après Le Guide du démocrate d’Éric Arlix et Jean-Charles Massera et We are l’Europe de Jean-Charles Massera - Montage & mise en scène : Simon Delétang.
Lost in disfonction… ?
Vous vous dites démocrate et vous êtes fiers de l’être ? Hop hop hop ! pas si vite. La Cie Kiss my kunst risque de vous faire changer d’avis en vous proposant d’explorer « Un guide du démocrate » conçu par des gens à l’esprit très critique.
En même temps, si vous avez vu la remarquable pièce Que faire ? (le retour) écrite par l’un des deux auteurs, le foisonnant J-C Massera, en écho au traité politique Que faire ? écrit et publié par Lénine en 1902, vous pouvez vous douter que réflexion politique et causticité seront au programme de ce nouveau spectacle.
La réflexion à hauteur d’individu lambda.
Ce qu’il y a de génial avec Le guide du démocrate, c’est que la réflexion déployée (souvent pertinente) est propice à du gros divertissement. Sur scène, une sorte de studio avec une grande baie vitrée derrière laquelle se dresse un grand rideau sur lequel on peut lire « Are you prêt ? ». Une voix off déclame sur fond de musique pompeuse un texte très second degré et notre animateur expert es démocratie apparaît. L’homme en question, qui ne peut s’empêcher de poser comme s’il devait vendre du déodorant ou des vêtements Armani, va donc guider le public dans l’univers du démocrate, à l’aide d’un couple de comédiens qui vont mouiller la chemise pour illustrer nombre de théories dans autant de saynètes, Monsieur le démocratiseur n’hésitant pas à se joindre à la fête dans certains cas.
Bienvenue chez vous
Tout au long du spectacle, écriture et mise en scène développent donc une réflexion à hauteur de citoyen parfaitement ordinaire. Par un style qui ne s’embarrasse d’aucun détour ou verbiage et qui retranscrit un langage et un comportement propres à la majorité des individus, les concepteurs dressent un miroir très crédible de notre société. Pas de chichi, pas de taboo : les névroses en lien avec le sexe, la solitude, les concessions à faire en covoiturage, la cantine et les tickets resto, la corvée des courses à faire, les méfaits du lavage à sec et bien d’autres sujets font tous l’objet d’une réflexion manifestement plus soucieuse de réveiller l’interlocuteur (ici spectateur) par le biais de l’humour que de philosopher tout seul sur les hautes sphères de la pensée politique.
On avait pu constater que J-C Massera était très enclin à penser la vacuité de la vie occidentale avec une certaine malice, sa collaboration avec l’auteur Eric Lapix sur le Le guide du démocrate, prolongée par l’adaptation de la Cie Kiss my kunst, donnent naissance à un des meilleurs moments de théâtre vus en 2013.