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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste

Publié par Saad sur 4 Novembre 2013, 15:29pm

Catégories : #Les pépites du spectateur, #Cabaret- théâtre musical- danse

Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste

Écriture : Stephen Temperley, Mise en scène : Agnès BOURY

avec Agnès Bove, Grégori Baquet et Coralie Di Blasi

Vu au 24e Festival d’humour et de Création de Villard de Lans le 02/11/2013

Il n’y a pas qu’au cinéma que l’on peut voir des fictions tirées d’histoires vraies. Au théâtre aussi on y a droit. L’histoire de Mrs Jenkins et son pianiste, autrement nommée Colorature, est même une merveille d’écriture théâtrale… et un moment de théâtre musical comme on n’en a jamais entendu auparavant.

Stephen Temperley a assurément décroché le ponpon en s’attaquant à l’histoire de Florence Foster Jenkins, riche héritière américaine (du début du 20e siècle) qui décida de laisser libre cours à sa fantaisie en s’improvisant soprano colorature alors qu’elle n’avait aucun talent pour, mais qui réussit malgré tout à se construire une carrière de cantatrice. Certes si l’histoire en elle même est pour le moins cocasse et suscite à elle seule un grand étonnement, il faut tout de même un sacré talent d’écriture pour la restituer de façon aussi captivante sur une scène de théâtre. C’est donc par le biais de Cosme Mac Moon, son accompagnateur au piano, que l’histoire de Florence Foster Jenkins nous est narrée. Un récit qui est régulièrement jalonné de saynètes entre la cantatrice et Cosme Mac Moon, permettant de mieux figurer la relation quelque peu complexe entre les deux artistes. Et c’est un plaisir immense de constater que cet entremêlement entre le conte et le théâtre s’opère avec une fluidité remarquable. L’aisance des comédiens y est forcément pour quelque chose, tous deux rivalisant d’un naturel déconcertant pour incarner leurs personnages - et Dieu sait si ce duo contrasté fonctionne à merveille. La mise en scène qui met en relief toutes les souplesses du texte achève de convaincre le spectateur qu’il assiste à une alchimie rarement atteinte au théâtre.

Pas étonnant après ça que le public soit saisi par l’émotion au moment de quitter cette diva têtue, bornée mais tellement authentique quant à la réalisation de son rêve qu’elle n’est pas sans rappeler Don Quichotte et tous les losers magnifiques de la littérature mondiale.

Crédit photo: Michael CROTTO

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