Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Vincent Delerm - Memory

Publié par Saad sur 13 Avril 2013, 13:48pm

Catégories : #Cabaret- théâtre musical- danse, #Les pépites du spectateur, #Hors des sentiers battus, #Création 2011

Vincent Delerm - Memory

Mise en scène Vincent Delerm (avec la complicité artistique de Macha Makeïeff) -- Accompagnement musical: Nicolas Mathuriau -- Photo: Aglae Bory-- Vu le 12-04-13 à la MC2 Grenoble.

 

Ils sont rares les chanteurs qu’il vaut mieux aller voir sur scène plutôt que de simplement les écouter sur sa platine. Si Vincent Delerm sait broder de jolies mélodies, c’est assurément sur scène que son génie d’artiste se déploie de façon complète, et que votre serviteur l’apprécie le plus. Car l’auteur compositeur fait dans la chanson qu’il faut écouter ET voir en même temps. Voyons d’un peu plus près comment notre artiste polyvalent s’y prend pour enchanter l’ordinaire avec son théâtre musical.

 

Memory, c’est…

   Un peu de littérature, amenée finement, avec par exemple cette voix off en introduction du spectacle qui présente succinctement le personnage de Simon. La projection de sous titres traduisant ce texte dit en Anglais (par Woody Allen) nous laisserait croire que l’on va assister à un film en V.O. Ce qui n’est pas tout à fait faux au vu des quelques séquences vidéo qui s’intègrent au spectacle. Il y a ensuite toutes les anecdotes racontées par Simon, dans une langue simple mais avec un fond souvent pertinent, comme la toute dernière, qui explique pourquoi Buster Keaton est infiniment plus connu que compris. La vanité humaine y est dénoncée de façon limpide mais sans aucune hargne.

   Un spectacle de Delerm sans humour, ça n’existe pas, d’autant que le rire se taille toujours la part du lion parmi les émotions que l’artiste aime bien susciter. On rit alors à l’évocation de la séance de cinéma durant laquelle Simon raconte son approche des femmes à mesure que les jours de la semaine se succèdent, de l’anecdote sur le match à Roland Garros entre Ivan Landel et John Mc Enroe, duquel on ne retiendra que la caméra qui fait un gros plan sur Enrico Macias au moment de la victoire. Imparable.. On sourit à l’évolution de la déco intérieure, ou à l’explication sur le morceau de plastique apparu à la fin des années 60 entre le pare choc et la voiture et qui est censé réduire l’envie de vomir pendant le trajet. On a même droit à la comparaison entre les façons de faire la fête en Amérique et en France, qui donne lieu à un véritable sketch à l’humour certes attendu, mais surtout brillamment interprété.

Memory, c’est aussi…

   Un véritable spectacle : la partie visuelle fait en effet l’objet de toutes les attentions. L’ambiance intimiste y est remarquablement mise en scène, d’autant plus remarquable quand on connaît la configuration de la grande salle MC2. Les éclairages et couleurs ont été finement pensés, tout comme les projections vidéo qui viennent de part et d’autre de la scène agrémenter les pensées de Simon. C’est une sorte de féerie visuelle, à laquelle on peut de surcroît rajouter les gags purement visuels qui émaillent le spectacle (la panne d’électricité qui intervient en début de spectacle est un pur plaisir de cinéma muet).

   Une partie visuelle qui fait l’objet de toutes les attentions, c’est aussi une scénographie très dynamique, puisque sans cesse renouvelée à mesure que Simon avance dans le récit de ses pensées… comme de ses chansons. Les gros gadgets sont nombreux et on apprécie d’autant plus car on se dit qu’on en a vraiment pour son argent (critère toujours un peu trivial mais néanmoins présent dans la tête du spectateur).

Memory, c’est enfin…

   De la bonne chanson ! Hé oui ! C’est qu’on finirait presque par l’oublier tant l’évolution de Vincent Delerm vers un spectacle plus théâtral que musical s’opère de façon naturelle. Les mélodies sont toujours faciles à retenir et les textes toujours drôles, mais elles sont moins nombreuses qu’auparavant, et ça ne s’entend pas vraiment. Que fait alors l’excellent multi instrumentiste Nicolas Mathuriau pendant que son compère joue à Simon ? Il l’accompagne dans son jeu, tout simplement ! Ou bien il sort de scène sans même que l’on s’en aperçoive.

   On voit bien avec ce spectacle que le chanteur compositeur a de quoi rendre jaloux plus d’un metteur en scène attitré. Est-ce que Vincent Delerm se réinvente ? A priori non, car sur scène, Vincent Delerm demeure ce personnage drôle à l’humour fin et très pince sans rire. En revanche, il occupe désormais l’espace scénique comme un comédien ET metteur en scène à part entière. Et c’est un plaisir que de voir l’artiste s’épanouir sur ce champ. On pouvait le subodorer en visionnant le DVD Un soir Boulevard Voltaire paru il y a 10 ans (déjà !!), c’est désormais chose faite avec Memory.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents