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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Tabou

Publié par Saad sur 15 Février 2013, 05:10am

Catégories : #Coups de cœur cinéma

Tabou

Si votre serviteur est un spectateur assidu (et de plus en plus avisé) de théâtre, il lui arrive aussi parfois de s’aventurer dans des salles plus obscures, histoire de se renouveler les mirettes.

Quel ne fut pas son émoi face au Tabou de Miguel Gomes, sorti sur les écrans français le 12 décembre 2012. Du coup votre serviteur a essayé de prolonger ne serait ce qu’un peu de l’immense plaisir de spectateur qu’il a ressenti dans cette salle obscure. Dans la soirée qui a donc suivi la projection de ce film, votre serviteur s’en est allé lire quelques critiques archivées sur les sites web de magazines bien connus, mais comme ce besoin de prolonger le plaisir continuait de l’interpeller, il a fini par se risquer à une petite revue personnelle sur le film. Parlons d’ailleurs de point de vue plutôt que de critique, votre serviteur n’étant pas spécialisé dans le cinéma. Il vous conseille au passage de compléter cette petite lecture par les critiques parues sur les Inrocks et Cinéobs notamment.

Le premier élément marquant est la musique simple et malicieuse de Joana Sà, qui livre une sorte de poème musical avec ces touches de piano effleurées que n'aurait pas renié Debussy. Le prologue est tout aussi saisissant : dans un court métrage que l’on croirait filmé dans les années 20 ou 30, on suit l’errance d’un homme à la triste figure (Don Quichotte est littéralement mentionné) qui parcourt les terres d’Afrique pour fuir son chagrin alors qu’il sait très bien que c’est impossible. Au bord d’une rivière, il voit apparaître celle que le destin lui a enlevée. Elle plaint cet homme qui n’est plus que l’ombre de lui même. Premier contact avec une littérature simple et tragique, aussi séduisante que chez Don Quichotte.

Puis, le court métrage prend fin, et la salle de cinéma où il était projeté se rallume : apparition de Pilar, une quinquagénaire portugaise dont on va suivre les pérégrinations dans un Lisbon contemporain. Cette première partie intitulée « Paradis perdu », développe la relation de Pilar avec sa voisine Aurora, une vieille dame très capricieuse qui ne sait pas tenir en place, et la bonne de celle ci, Santa, une capverdienne particulièrement flegmatique.

Une première partie qui est un peu longue, mais nécessaire à l’articulation du film, dont la seconde moitié est un long flashback sur la relation passionnelle que connut Aurora dans sa jeunesse. Une histoire racontée par Ventura, nom de l’amant prononcé par Aurora peu avant sa mort. Pilar part à la recherche de celui ci et finit par trouver un homme totalement mutique…jusqu’à ce que la parole lui revienne. Ce qui est alors édifiant, c’est que dès les premiers mots prononcés par Ventura, on sait qu’on revient à cette littérature simple et romanesque : on passe à la deuxième partie intitulée « le paradis » (à juste titre)

On entend alors la voix élégante de ce vieillard qui jadis connut le grand amour dans une colonie Portugaise en Afrique. On voit ce qu’est le grand amour et on entend ce qu’est le grand amour : car dans cette seconde partie, les personnages sont muets, ce qui reste, c’est ce récit dit par Ventura. Un récit ample, en parfaite concordance avec les images, et qui n’empêche pas les bruitages propres à telle ou telle scène. Procédé fort habile qui ne fait qu’accroître la fusion entre récit et images.

Seul l’essentiel de ce qui constitue une histoire d’amour est dit, et l’harmonie avec les moments de silence atteint alors ses plus hauts degrés d’élégance. C’est peut être là un des points à partir desquels se déploie le génie de Miguel Gomes avec cette seconde partie: il donne à voir et entendre des éléments de nature différente qui sont cependant en parfaite symbiose. Alors tout coule de source. Comme dans le grand amour.

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