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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


SUIS À LA MESSE, REVIENS DE SUITE

Publié par Saad sur 23 Décembre 2012, 19:07pm

Catégories : #théâtre contemporain, #Hors des sentiers battus, #*

SUIS À LA MESSE, REVIENS DE SUITE

Vu le 21/12/12 à l’Hexagone-scène nationale de Meylan -- Conception & mise en scène Oskar Gómez Mata – Cie L’Alakran

Dans ce spectacle qu’il a conçu et mis en scène, Oskar Gomez Mata « explore l’âme qui fait communiquer choses et humains ». En un mot choisi par le metteur en scène: l’animisme. Vaste programme.

Trop vaste d’ailleurs pour que l’on sache exactement où le metteur en scène veut en venir, car de son coté le spectateur apprécie généralement de savoir où il va, ou si vous préférez : de comprendre au moins l’essentiel de ce qui se déroule sous ses yeux.

Le déroulement en détail

Ce spectacle composé d’une demi douzaine de séquences commence par une incursion de la troupe dans la file d’attente. La bonne ambiance s’installe très vite grâce à un sketch au texte et à l’interprétation pleins de dérision et d’humour pince—sans-rire, humour tout à fait comparable à celui proposé par la bande à Edouard Baer.

Les spectateurs prennent ensuite place dans la salle de spectacle et la bonne ambiance se dissipe peu à peu face à la confusion du discours tenu sur l’âme des objets (sachant que certains objets sur scène se mettent à vibrer), dont on ne sait très bien s’il est question de croyance sérieuse ou d’absurdité dans la lignée du premier sketch.

Arrive ensuite la séquence qui aura assurément le plus marqué le public (certains spectateurs allant même jusqu’à quitter la salle) : celle du talk show télévisé introduit par une musique totalement grand guignol et un présentateur qui repousse très loin les limites du ridicule par sa tenue et son comportement totalement outrancier – on se permettra ici de saluer la prestation absolument remarquable du comédien, car il faut une dose considérable de témérité pour assurer une performance aussi délirante.

Notre guignol en chef finit par introduire les 4 invités du show, qui ont réussi des projets complètement ridicules mais qui ont réussi quand même. Métaphore des dérives d’une télévision abrutissante ??? Certainement. Le spectateur est face à un ego qui s’agite littéralement tel un jeune chien fou de façon grotesque pour attirer l’attention sur lui, et les invités qu’il reçoit dans son « talk show » (pour les non anglophones : genre d’émission ayant comme seul objet de discuter l’actualité des invités) n’ont qu’un mot à répondre aux quelques questions complètement déplacées de l’animateur : « PIZZA », référence directe à la société surconsumériste qui empêche jusqu’au moindre débat en assommant le téléspectateur de tous ses excès. Histoire de déployer la métaphore jusqu’au bout, le public se voit alors distribuer des parts de pizza par deux jeunes demoiselles.

Le spectacle se poursuit avec une sorte de power-point projeté sur grand écran et qui soumet un raisonnement « philosophique » en suggérant d’abord une opposition entre deux catégories d’individus : les bouchefermées & les clowns, puis en dressant une conclusion sur ce qui leur est commun. Il serait question de se distinguer par la possession des équipements et de se rassembler dans la croyance commune de vivre un moment historique. Pourquoi pas ? Le problème est que ce début de réflexion sur l’incarnation du pouvoir dans notre société n’est pas du tout développé par la suite. En effet les deux séquences restantes montrent une femme fagotée en une sorte de chaperon rouge interprétant un monologue plein d’absurdités, à laquelle succède une scène où les objets présents sur le plateau vibrent de façon incontrôlable (chaque comédien jouant un monologue fumeux à mesure qu’il/elle tente de saisir l’objet…), sachant par ailleurs que le lien avec ce qui précède est lui aussi assez confus.

Verdict

Le spectacle est très inégal puisque sans véritable fil conducteur. Si Oskar Gomez Mata a souhaité concevoir un spectacle ayant pour objet la place de l’animisme dans notre société contemporaine, le chemin semble encore long car la présence d’objets animés sur scène n’y suffit pas. Loin de là. Le propos de départ semble d’ailleurs à ce point si peu maîtrisé que votre serviteur, malgré ses grands efforts d’attention tout au long du spectacle, gardera dans ses annales personnelles le souvenir impérissable du talkshow grand guignolesque qui parodiait si bien le mass média abrutissant de surconsommation auquel chacun de nous s’est déjà trouvé confronté au moins une fois, quand ce n’est pas au quotidien pour ceux qui ne contrôlent pas leur télévision.

Il aurait donc été bon pour le concepteur du spectacle de se tenir à un sujet beaucoup plus circonscris que l’animisme, car la performance ainsi proposée divague pour le meilleur comme pour le pire.

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