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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Rhinoceros

Publié par Saad sur 29 Mai 2013, 16:46pm

Catégories : #Auteurs incontournables, #Création 2004, #théâtre contemporain, #Théâtre & Réflexion, #Création 2011

© Jean-Louis Fernandez
© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Texte Eugène Ionesco - mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota, Assistant à la mise en scène : Christophe Lemaire -- Création originale en 2004, recréé en 2011 -- Vu le 28/05/13 à la MC2-Grenoble

 

   Le directeur du centre dramatique de Reims présente cette semaine une reprise de Rhinocéros. Salutaire initiative : la pièce étant rarement représentée, on en oublierait presque qu’Ionesco a écrit autre chose que La cantatrice chauve ou La leçon. D’autant plus salutaire que la séance de rattrapage s’est bien déroulée.

 

   Sur la fiche de présentation, une citation mise en exergue : « Dans notre monde occidental, ce qui peut nous faire devenir Rhinocéros, c'est la mode. On ne vous force plus à penser tous de la même façon, vous le faites. » (Ionesco, 1990). Voilà un point de vue qui est développé de façon relativement convaincante au fil de la pièce, même si certains passages ne semblent pas toujours évidents, on pense ici au premier acte qui montre une foule de personnages sur la place du marché. Ceux-ci ayant quasiment tous la parole, il y a aussi foule de propos, dont ceux de monsieur le Logicien, sur qui Ionesco défoule manifestement toute sa raillerie à l’endroit des systèmes de pensée dite « logique ». Et comme ces paroles interférent avec le dialogue entre Bérenger, personnage principal, et son interlocuteur, une certaine confusion naît. On mettra cependant celle-ci sur le compte de la densité car la mise à sac du syllogisme, ici symbole de totalitarisme, est une motivation première pour Ionesco dans l'écriture de cette pièce.

 

Du raisonnement spectaculaire

   Le propos se fluidifie par la suite, alors que la pièce devient très spectaculaire dans la première moitié du second acte. La mise en scène ne lésine pas sur les moyens pour représenter le harcèlement mené par le directeur sur ses employés ainsi que les nouvelles attaques de rhinocéros qui entament le décor. Ce qui est ici frappant est l’extraordinaire travail sur la gestuelle : à ce stade on est littéralement dans une performance chorégraphique. La synchronisation de l’ensemble des acteurs, déjà mise en œuvre dans le premier acte, semble en effet travaillée au millimètre près, et le rythme de la pièce devient à ce moment là carrément rock ’n roll.

   Autre atout considérable de ce spectacle: le charisme de Serge Maggiani, qui campe remarquablement bien le personnage de Bérenger, grand soiffard naïf et mal assuré qui sera cependant sauvé par sa grande humanité. Quand on entend sa voix mitigée entre niaiserie, gravité et nonchalance et qu’on voit cette démarche désinvolte, on ne peut s’empêcher de songer à un gentil petit canard au plumage hirsute, et on entre favorablement dans cette histoire.

 

Prochaines représentations, voir ici

La video n'est ici que pour vous donner un aperçu visuel - les paroles n'apparaissant pas dans la piste son

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