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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Orage

Publié par Saad sur 24 Mars 2013, 17:33pm

Catégories : #Auteurs incontournables, #*, #Création 2013

Orage

Texte d'August Strindberg - Mise en scène Jacques Osinski - vu le 21 mars 2013 à la MC2 Grenoble -- Crédit photo: Pierre Grosbois

 

Santa Barbara version lente & pastorale

 

Jacques Osinski est décidément un drôle de metteur en scène, capable du meilleur (avec des propositions aussi fines ou distrayantes que Le moche / Mon prof est un troll ) comme du … « pas très bon » (sa récente version d’Ivanov frôlait la lourdeur avec des pauses à n’en plus finir entre chaque réplique), il nous revient avec Orage de Strindberg, une proposition qui outrepasse malheureusement la seconde catégorie…

 

   Orage est une pièce qui porte bien son nom, pour le pire : l’ambiance qui s’en dégage est pesante au possible. En ce sens, on peut dire que l’objectif visé par Strindberg est atteint. Le déroulement de l’histoire, ses personnages et leurs interactions dépeignent tout à fait le portrait d’un homme qui s’ennuie profondément mais qui semble cependant s’accommoder avec les choix qui l’ont amené dans cette posture. Ou plutôt imposture, car notre homme (« Monsieur » dans la pièce) se refuse obstinément à admettre les travers de l’existence pour, dit il si justement, ne voir que le bon coté des choses. Ce portrait d’homme qui se voudrait bien plus philosophe qu’il ne l’est semble donc réussi tant ce personnage inspire l’ennui, entendez la fuite devant toute réflexion grave, dans chacune de ses répliques.

Le travail de Jean Claude Frissung est à ce titre tout à fait convaincant, avec cette intonation qui ne change jamais de fréquence. Le reste de la troupe n’est d’ailleurs pas en reste, on pense notamment à Gretel Delattre qui est troublante de vérité dans son personnage de femme torturée.

 

Tout le contraire du spectacle vivant…

   Or, ce qui est ici profondément gênant pour le spectateur, c’est que ce texte semble complètement inadapté au théâtre : toutes les scènes qui auraient pu donner lieu à du jeu sont réduites à des actes racontés au style indirect. Il en résulte une absence quasi totale de dynamique sur la scène, qui n’est plus que le lieu de dialogues ressassant les actes précédant l’histoire, ou alors de répliques soulignant le temps qu’il fait. Le tout à un rythme d’escargot. Le résultat ne s’est pas fait attendre : au bout d’une heure, qui nous en paraissait trois, a commencé le départ, par petites salves, de la moitié des scolaires venus assister au spectacle. A la fin du spectacle, votre serviteur, qui a donc réussi à s’accrocher jusqu’au bout de ces 2 heures de Santa Barbara pastoral estampillé « patrimoine de la littérature mondiale », est sorti juste au moment où une demoiselle a lâché cette phrase lourde de vérité : « purée, j’me suis jamais autant ennuyée de ma vie à un spectacle !!! ». Et en poussant la porte de la salle, votre serviteur s’est retrouvé nez à nez avec l’équivalent d’une classe entière attroupée sous les escaliers qui mènent au petit théâtre de la MC2, avec leur prof qui les surveillait…

C’est bien dommage quand la politique culturelle en vigueur écœure la jeunesse d’aller au théâtre.

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