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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Les beaux gosses

Publié par Saad sur 10 Avril 2013, 11:42am

Catégories : #Coups de cœur cinéma, #Souriez: vous êtes critiqués

Les beaux gosses

Un film de Riad Sattouf

Une fois n’est pas coutume, votre serviteur a regardé un DVD entre deux spectacles vivants, histoire de changer un peu. Cette fois, il a choisi une comédie sur ce qui importe le plus à l’adolescence, à savoir le réchauffement climatique. Film qui lui a été fortement conseillé par Seb, adolescent notoire qui fait semblant d’être adulte, comme beaucoup d’adultes. Sauf votre serviteur bien sûr. Plus sérieusement, tentons de comprendre ensemble en quoi cet objet cinématographique est un petit chef d’œuvre.

L’adolescent est un anti-héros

Voilà un parti pris qui n’est pas nouveau. Voire mille fois évoqué, car l’adolescent est LA cible facile pour tout humoriste qui veut ratisser large sans prendre de risque. Nous ne citerons d’ailleurs pas ces humoristes car ce n’est pas bien de dénoncer Elie S. Franck D ou Anthony K.

On ne le sait que trop : l’ado est cracra, l’ado est con, l’ado est bête et méchant, l’ado a des sautes d’humeur, l’ado fait pas ses devoirs, il est de mauvaise volonté et c’est tout juste s’il sait faire cuire des pâtes vu qu’il met tout le temps les pieds sous la table. Ah et puis l’ado est complètement obsédé par le réchauffement climatique. Ça a beau être scientifiquement prouvé et justifié, cette obsession fait toujours rire les adultes comme votre serviteur ou ceux qui font semblant, comme Seb.

Comment se fesse alors que cette comédie soit un chef d’œuvre ?

Il faut croire que tout le génie est dans la mise en scène, qui plonge littéralement le spectateur dans le monde de l’adolescence. Il n’y a pas en effet dans ce film le vernis que l’on trouve généralement dans le teen movie hollywoodien. L’ambiance qui est ici dégagée est nettement plus réaliste, tout autant qu’elle peut être grotesque. La misère, entendre la solitude de l’adolescent face à la cruauté de la vie, est palpable mais on en rit. Ce film fait ressortir mieux que tant d’autres l’idée communément admise que c’est le cruel qui provoque le rire. De même que voir quelqu’un glisser sur une peau de banane (et accessoirement risquer de se fracturer un membre) amuse au moins une bonne moitié de l’humanité, on ne peut s’empêcher de rire quand on voit par exemple le héros se prendre un râteau ou pire encore lorsqu’il en distribue un particulièrement mesquin à une malheureuse qui s’est risquée à faire le premier pas et qui repart en larmes, ayant récolté des insultes sur son physique là où elle espérait que notre Gogolito se comporte au moins comme un gentleman. Le langage est un élément fondamental de cette plongée dans l’adolescence, qui ne prend jamais de pincette avec la parole puisqu’elle n’est pas encore atteinte par cette maladie très adulte qu’est le politiquement correct.

Les adultes présents dans ce décor sont eux aussi pour beaucoup dans le succès de l’œuvre. Noémie Llovsky est plus vraie que nature en mère totalement déjantée et plus qu'envahissante, Emmanuelle Devos est une directrice de collège complètement fantasque et superficielle, et les profs sont tous très convaincants d’incompétence face à un public trop obnubilé (par le réchauffement climatique) pour accorder un peu d’attention au reste. L’assistante pour le cours d’Anglais est d’un grotesque qui flirte avec le mauvais goût, mais la palme du risible revient assurément à Nicolas Maury, qui compose un professeur de Français que l’on croirait tout droit sorti des liaisons dangereuses. L’effet humoristique est garanti avec ce personnage qui n’a strictement rien à faire dans un collège. Ce "Mossieur", qui adore s’entendre lire face à une classe, se figure notamment qu’il peut émouvoir ses élèves en les contraignant à lire des lettres de poilus. A mourir de rire.

Votre serviteur se sera donc bien bidonné et aura été d’autant plus séduit qu’il n’appréciait pas vraiment la série de BD sortie par Riad Sattouf sur le même thème (« la vie rêvée des jeunes »). Bref, le réalisme cru passe beaucoup mieux à l'écran que sur papier.

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