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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Cloud Atlas

Publié par Saad sur 8 Mai 2013, 12:14pm

Catégories : #Coups de cœur cinéma

Cloud Atlas

Réalisé par Andy & Lana Washowski & Tom Tykwer

Vu début Mai, dans un cinéma loin de l'Isère

Presque cinq ans que l’on avait pas entendu parler des réalisateurs Washowski. A croire que nos deux génies de la caméra – qui se sont associés à Tom Tykwer - préparaient en silence un chef d’œuvre. C’est chose faite avec Cloud Atlas, un film épique adapté du best seller du même nom, et qui parvient à surprendre autant qu’ils y étaient parvenus avec la trilogie Matrix une décennie plus tôt.

Cloud Atlas est un film qui a pour thème « la réincarnation », mais que ceux qui n’y croient pas se rassurent : la question ici n’est pas de savoir si cette notion existe ou pas. Il est avant tout question de raconter l’histoire de quelques humains au travers de réminiscences. Nous sommes au cinéma et nos trois réalisateurs le savent bien. Rudement bien même car le résultat est tout bonnement captivant.

Mode d’emploi nécessaire

Le spectateur assiste donc à une demi douzaine d’intrigues se déroulant chacune à une époque déterminée. Or, plutôt que de présenter cette demi douzaine d’intrigues de façon chronologique, la réalisation fait le choix d’entremêler les six histoires. On se retrouve donc face à une narration globale très complexe, mais la pilule passe quand même, notamment en constatant que les sauts entre chaque époque semblent s’opérer selon la logique suivante : on plante d’abord le décor pour chaque histoire – quitte à commencer par la fin en ce qui concerne l’une d’entre elles -, puis on passe d’une époque à une autre en fonction des points communs à chaque histoire : rencontre avec « le mal », accélération du récit (scènes d’action), résolution de l’intrigue. C’est une vraie constellation narrative que nous propose ce film, mais répétons le : les neurones ne souffrent pas vraiment car chaque séquence fait l’objet du plus grand soin, et le film semble cohérent dans sa globalité malgré cette déferlante de croisements narratifs et ce fabuleux mélange des genres.

Cloud Atlas ou le visionnage pour tous

Hé oui ! C’est ça qui est génial avec ce film : cette histoire de réminiscences est prétexte à un fabuleux patchwork de genres. Avec le récit d’Adam Ewing, jeune juriste qui va se retrouver confronté à la question de l’esclavage des noirs aux Etats Unis, on navigue sur des eaux similaires à celles du film Amistad (Spielberg, 1997).

Avec celui de Robert Frobisher, on pénètre dans l’atmosphère cosy d’une grande demeure où loge le compositeur acariâtre Vyvyan Ayrs, pour lequel Frobisher transcrit sur partition les morceaux qu’il imagine. On nage alors en plein romantisme avec les belles lettres que Frobisher envoie à son bien aimé Rufus Sixsmith.

On pourrait continuer de citer brièvement les quatre autres histoires qui s’imbriquent dans ce gigantesque puzzle, mais plutôt que de commencer à tout dévoiler, on terminera avec l’évocation du récit le plus proche de l’univers des Wachowski, à savoir celui de Sonmi-451.

Après Matrix, place à Sonmi(x)

Si on nous dit qu’il y a deux réalisateurs pour ce même film (les Wachowski comptent pour un seul), on ne nous dit pas en revanche qui fait quoi, sauf à la fin du générique. Avec le récit de Sonmi-451, on comprend très vite à qui on a affaire, puisqu’on retrouve la dystopie déjà traitée dans la trilogie Matrix. Que l’on se rassure, ce moyen métrage n’est pas une redite, mais plutôt une variante. La menace esclavagiste qui pèse sur notre société de consommation décadente semble en effet encore plus claire que dans Matrix, puisque Sonmi-451 est une « Factaire » (clone esclave) qui travaille dans une cafétéria appelée Papa Song une bonne quinzaine d’heures par jour pour satisfaire les « Consommateurs » (dont on peut dire qu’ils sont encore plus esclaves que les humains d’aujourd’hui). Tout est dit dans ce moyen métrage où le contraste entre illusion dirigée par le pouvoir et réalité vécue par le peuple est des plus saisissants : la cafétéria Papa Song matérialise en effet à merveille la beauté policée et infantilisante de notre système avec ces clones jeunes et jolies (et accessoirement vouées à l’abattoir une fois usées jusqu’à la corde) qui officient dans un environnement qui ferait penser à du Walt Disney en numérique. Quant à la boisson servie par Papa Song, c’est du Soap* : toute une symbolique !

Malgré ce copieux programme cinématographique, qui parvient à tenir en équilibre malgré une narration dense et fournie (j’ai oublié de dire qu’il y avait aussi quelques scènes très drôles) le film ne semble pas avoir rencontré tant de succès que ça. A titre d’anecdote, le film a tout juste tenu un mois dans TOUTE l’agglomération grenobloise ! à qui la faute ?

* = savon, pour les non anglophones

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