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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Nunzio

Publié par Saad sur 19 Janvier 2015, 15:18pm

Catégories : #Les pépites du spectateur, #Création 2014, #théâtre contemporain

Texte : Spiro Scimone -- Mise en scène : Olivier Jeannelle -- Avec : Denis Rey et Olivier Jeannelle – Photo : Benoît Chatellier -- Vu le 15/01/15 à la Cave Poésie – Toulouse

Nunzio

Je suis Nunzio...

 

Si vous dites « Denis Rey » ou  « Olivier Jeannelle » à un(e) habitué(e)  des scènes toulousaines, vous verrez luire une étincelle de plaisir au fond de son œil. Nunzio, très beau huis clos intimiste créé en février dernier au théâtre Sorano, ne fait qu’entériner un peu plus l’excellente réputation des deux comédiens.

   Quand le public entre en salle, il prend place d’un côté ou de l’autre de la scène. Entre les deux rangées de spectateurs, il y a l’appartement de Nunzio, personnage complètement amorphe, incarné par un Denis Rey en robe de chambre et charentaises. Mal rasé, le regard perdu dans le vide, on se doute qu’il n’écoute guère le bla bla italien diffusé par son poste radio. La morosité du bonhomme bat son plein lorsque Pino frappe à la porte. Vêtu comme un cador et droit comme un i, ce dernier parait tout en opposition avec le premier…. A peine entré sur le plateau, on se doute bien que la rencontre entre ces deux tempéraments contrastés va offrir de belles scènes de comédie. Un point fondamental pourtant les rapproche, c’est cette incapacité à se témoigner simplement et directement leur affection commune. Alors les dérivés ne manquent pas pour surmonter le vieil impératif bête et méchant de virilité, et c’est tant mieux pour cette page de littérature théâtrale qui démontre, sans trop en avoir l‘air, à quel point tous les hommes (tueurs à gages y compris…) ont besoin d’amour.

   Dans ce portrait de deux vies programmées pour ne récolter que quelques menus fragments de chaleur humaine, aucun geste n’est donc laissé au hasard : la façon de touiller le café partagé sur un coin de table parle autant que les regards et la démarche laisse augurer les paroles. A l’instar de la pièce Viejo, solo y puto (voir ce lien) la question n’est pas en effet tant de savoir où vont les personnages, assurément condamnés à des destins peu enviables, que de dépeindre la façon dont ils y vont. De l’ambiance donc, plutôt que de l’intrigue, et un jeu d’acteur qui compte plus encore que les répliques échangées. Du début à la fin : un régal de théâtre intimiste, et un parfum de consécration littéraire pour les deux personnages de Spiro Scimone, que Denis Rey et Olivier Jeannelle rendent si éloquents sur la nature humaine.

 

Représentations :

à la Cave Poésie – Toulouse, jusqu’au 24 janvier 2015

+ Calendrier sur blog de la compagnie

N.B: Denis Rey et Olivier Jeannelle ont aussi joué dans La fausse suivante, à lire ici

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