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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Le Gardien

Publié par Saad sur 21 Janvier 2015, 17:12pm

Catégories : #Auteurs incontournables, #Ateliers - Amateurs, #Création 2014

Texte : Harold Pinter – par la section Vagabonds Formation, avec le regard de Francis Azéma – Vu le 20/01/15 au Théâtre du Pavé – Toulouse

Le Gardien

Un Pinter moyen reste un bon moment de théâtre…

Il y a au moins deux façons de vagabonder : l’errance pure et dure sur le bitume des trottoirs au milieu des pigeons et l’errance un peu plus cossue qui consiste à squatter chez… la première main tendue (remarquez que je n’ai pas répété le mot « pigeon »). Dans un cas comme dans l’autre, le vagabondage semble bel et bien nocif pour les questions d’identité et de sociabilité (et le squattage ne met pas à l’abri des courants d’air, mais ça c’est pour ceux qui ont vu ou qui verront la pièce).

   Mac Davis (ou Bernard Jenkins - lui même ne sait plus vraiment) est l’archétype même du vagabond qui connaît mieux les canapés ou chambres d‘amis que les cartons déballés sous les ponts. Sa main tendue s’appelle Aston, personnage aussi placide que charitable, qui le recueille dans sa modeste piaule, où il entrepose quantité d’appareils hors d’usage. Manifestement plus à l’aise dans l’art du bricolage en autiste que celui de la conversation, c’est à peine s’il écoute la faconde très cauteleuse de Mac Davis. Face à l’effacement quasi absolu de son hôte, le vagabond, un peu Tartuffe sur les bords, poursuit malgré tout ses racontars, comme si un certain besoin de sociabilité côtoyait ses intentions de pique assiette. Au fil d’un huis clos où les tableaux sont autant de journées qui se succèdent, on peut donc assister à la manœuvre d’un tire au flanc qui tente de s’accaparer le territoire d’un autre tout en se donnant des airs de victime, franchissant allégrement une ligne rouge qui lui vaudra de se faire recadrer – pour ne pas dire molester - par Mick, le petit frère quelque peu lunatique d’Aston.

   Manipulation, mauvaise foi et ambiance sournoise, on retrouve dans cette pièce d’Harold Pinter la noirceur avec laquelle il dépeint si bien les rapports humains. Même si le spectacle souffre de quelques longueurs (2h de huis clos sans grande intrigue, ça demande une compensation trop forte en termes de relances et de jeu), et d’une caractérisation de personnages un peu inégale – le personnage de Mick paraissant trop inconstant dans ses intentions comme dans le jeu – il reste dans son ensemble suffisamment convaincant pour satisfaire les spectateurs les plus aguerris, surtout quand on sait qu’il est mené par un trio de comédiens en formation (au sein de la compagnie Les vagabonds). Ceux là n'auront pas volé leurs encouragements.

Représentations : jusqu’au 24 janvier au Théâtre du Pavé – Toulouse

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