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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Erik Satie - Mémoires d’un amnésique

Publié par Saad sur 12 Décembre 2014, 12:42pm

Catégories : #*, #Détournement de critique, #Souriez: vous êtes critiqués, #Cabaret- théâtre musical- danse

Un petit opéra comique sans lyrics  -- Écrit et réalisé par Agathe Mélinand -- Musique et mots Erik Satie – Photo : Polo Garat Odessa -- Vu le 11/12/14 au TNT – Toulouse

Erik Satie - Mémoires d’un amnésique
Erik Satie - Mémoires d’un amnésique
Erik Satie - Mémoires d’un amnésique

Mémoires d’un amnésique – Spectacle soporifique

 

« SatieErik » ? Difficile de ne pas saisir la perche tendue par ce jeu de mots suggéré parmi d’autres à la fin de ce spectacle aussi lisse que soporifique. « SatieErik » est en effet le ton que je ne saurai réprimer pour le bref compte rendu qui suit.

   La belle affiche du spectacle a eu raison de ma méfiance.  Le très beau portrait du compositeur en noir et blanc qui couvre aussi nombre de panneaux publicitaires dans Toulouse se paie même la une du dernier Intramuros – journal mensuel culturel local et gratuit. Erik Satie - Mémoires d’un amnésique est programmé dans le petit théâtre du TNT du 2 au 20 décembre, donc on ne lésine pas sur la com. J’avais pourtant lu dans le dossier de présentation une introduction qui me paraissait de mauvais augure :

« Il est troublant de faire le portrait d’Erik Satie, il est délicat aussi de faire le tour de sa personnalité. Il se cache, il résiste, fait des blagues, vous tourne le dos et rentre toujours à Arcueil s’enfermer dans son gourbi où personne n’est admis. Écrire un spectacle sur Erik Satie est un exercice inquiétant d’équilibriste. Où se diriger ? De quel Satie parler ?[…] »

   N’écoutant cependant que mon attirance pour les très belles photos que vous pouvez admirer plus haut, je mets mon pressentiment en sourdine et je franchis la porte du Petit Théâtre en me rappelant cette lapalissade : « seule l’expérience t’aidera à trancher, petit scarabée ».

Le spectacle commence sur ce texte d’Erik Satie :

« Enfant, je suis entré dans vos classes ; mon esprit était si doux que vous ne l’avez pu comprendre ; et ma démarche étonnait les fleurs… Et malgré ma jeunesse extrême et mon agilité délicieuse, par votre inintelligence vous m’avez fait détester l’Art grossier que vous enseignez ; par votre dureté inexplicable, vous m’avez fait longtemps vous mépriser. Maintenant que Toute La Végétation extérieure est en moi, je vous absous de vos fautes à mon égard. »

   Tiens, c’est joli mais je n’ai pas compris. Pas grave. Au bout d’un quart d’heure passé à zieuter les belles couleurs qui habillent le plateau et écouter d’une oreille distraite la musique de Satie interprétée en direct par deux virtuoses du clavier, je sursaute: ça me fait ça à chaque fois que je commence à m’endormir alors que c’est pas le moment. Assis à l’extrémité gauche d’une rangée, je me tourne vers le couple qui est à ma droite : Monsieur a piqué du nez tandis que Mme semble à deux doigts de le rejoindre. J’essaye de refixer mon attention tant bien que mal sur le plateau où les comédiens me font penser à une promo théâtre de collège qui se casse les dents sur des comiques aussi désuets qu'Alfred Jarry ou Roland Dubillard en croyant bien faire et au bout d’un nouveau quart d’heure : deuxième sursaut ! Je me tourne sur ma droite et là c’est Madame qui a piqué du nez tandis que Monsieur semble dans une phase d’éveil. Je songe alors à cette anecdote que j’avais entendue sur les dauphins qui ne dorment qu’à moitié, le cerveau se partageant entre zones de sommeil et d’éveil. Je refais un effort d’attention vers ces comédiens qui ont l’air aussi investis dans leur jeu que des guichetiers de piscines municipales et au troisième sursaut : le couple dauphin s’est changé en couple mammifère traditionnel, laissant échapper un doux « zzzzzz » légèrement perturbé par quelques « shut !!» récurrents qui proviennent du fond de salle. Encore un ou une prof qui a voulu bien faire en amenant sa classe au théâtre et qui est en train de reprendre contact avec la réalité. C’est toute la différence entre le scolaire et l’adulte : face à un spectacle fade ou insipide, le scolaire lâche un râle de mammifère alors que l’adulte a tendance à faire le dauphin, surtout quand il est en couple. C’est d’autant plus intrigant que l’adulte n’a personne pour lui tenir la bride.

Nature et culture quoi !

   Bon, à la décharge des comédiens, car ce n’est jamais un plaisir de taper sur des comédiens, il faut bien reconnaître que le texte qu’ils sont censés interpréter est tout bonnement imbitable et que la mise en scène est tout ce qu’il y a de plus bassement scolaire : des fragments de texte aussi hilarants que des devinettes de papillotes (c’est la période me direz-vous…) qui se succèdent au fil du temps qui passe, parce que le fil conducteur, lui, il est pas là. Amnésie, Erik. Amnésie ! (& bonnes fêtes)

 

Représentations :

au TNT – Toulouse jusqu’au 20 décembre 2014

Commenter cet article

Jeff 20/01/2015 00:24

Tombé par hasard sur ce billet, je ne peux qu'être accord : je me suis moi aussi ennuyé ferme pendant ce spectacle fadasse. Une très décevante production du TNT.

Alexis 12/12/2014 19:28

La violence du truc, mazette. Arrête les critiques et lance toi dans le gangsta rap.

Saad 12/12/2014 22:40

Je souris parce que j'te connais mais j'ai surtout envie de rebondir de la manière suivante: n'est-ce pas dramatique que seuls les gangsta rappers aient le courage de désigner ce qui ne fonctionne pas. Vu le succès de la pièce (du moins: salle comble le soir où j'y étais) et le statut social de la metteure en scène, c'est bien le moment de dire sincèrement ce que je pense. Gardons les réserves polies et la courtoisie pour les petites compagnies qui n'auraient ni budget ni talent.

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