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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Viejo, solo y puto

Publié par Saad sur 20 Novembre 2014, 17:47pm

Catégories : #Les pépites du spectateur, #Création 2011, #théâtre contemporain

Mise en scène Sergio Boris avec Patricio Aramburu, Marcelo Ferrari, Darío Guersenzvaig, Fédérico Liss, David Rubinstein -- assistants à la mise en scène : Jorge Eiro et Adrián Silver – pièce jouée en espagnol surtitré - traduction française Christilla Vasserot - vu le 19/11/14 au Théâtre Garonne, Toulouse

Viejo, solo y puto

Les bas fonds sont exaltants

 

 « Dans l’arrière-salle d’une pharmacie d’un quartier périphérique de Buenos Aires, sur un air de musique cumbia, une fête s’improvise avec quelques bières tièdes et un peu de pizza.
Dans le labyrinthe chimique des étagères de médicaments, cinq personnages se frayent un chemin : les deux frères qui maintiennent tant bien que mal le commerce familial, un représentant médical et ses deux amies, deux travesties en quête d’injections d’hormones ».

   Si vous n’aviez pas compris préalablement le titre en espagnol (qui se traduit « vieux, seul et pute »), vous comprendrez à la lecture de cette introduction suggérée par le théâtre Garonne que vous allez assister à une belle tranche de misère représentée en direct, et le huis clos dans lequel elle macère vous fera penser à un cloaque.

   A travers les étals de cette pharmacie qui semble plus clandestine qu’officielle, il y a donc cinq individus qui oscillent entre agitation et stagnation. Cette agitation c’est celle d’une envie de bonheur, aussi fugace et artificiel soit-il, et cette stagnation c’est celle d’une réalité glauque dont ces cinq individus savent au fond d’eux qu’ils ne peuvent réchapper juste à coups de velléités.

   Pour réaliser le premier, il y a le Magica, la boite de nuit dans laquelle Sandra, la plus extravertie des travesties, veut embarquer tout le monde, et en particulier Daniel, le cadet des deux frères, et le seul qui pourrait mener une vie à peu près normale s’il n’était embarqué dans l’activité illicite orchestrée par son frangin Evaristo et Claudio, le pseudo visiteur médical qui trépigne comme un cocaïnomane. Avec son allure chétive de petit fonctionnaire réduit à enregistrer sur un carnet de comptabilité les sommes d’argent que lui doivent les travestis pour ses fournitures de bêtabloquants pendant que Claudio passe son temps à vouloir tripoter Sandra et que les deux autres personnages divaguent, Daniel a l’air d’une brindille lentement submergée par la boue. Inutile dès lors de préciser que le chemin vers le Magica restera en suspens.

   Basé sur un sujet a priori peu ragoûtant, Viejo, solo y puto n’en déploie pas moins la densité d’un chef d’œuvre. Le jeu des acteurs, d’un naturel franchement stupéfiant et particulièrement charnel pour les travesties et le maquereau, illustre avec maestria la fameuse citation de Louis Jouvet : « Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. »

   Avec une scénographie très complète, un texte criblé d’hésitations, de non-dits comme de ressassements et une direction d’acteurs que l’on devine acérée, la compagnie menée par Sergio Boris permet au public cette incursion au plus près d’une réalité dont il sait l’existence mais qu’il n’oserait côtoyer ailleurs que dans l’univers sécurisé des théâtres. Le potentiel de proximité avec ces vies sordides qui alimentent la fantasmagorie collective sur les milieux mafieux est pleinement exploité et la pièce peut dès lors faire référence en matière de réalisme comme de densité théâtrale. Un pur plaisir à sentir et re-sentir…

 

Tournée 2014-2015
18 et 19 septembre 2014 - Festival de Keuze, Rotterdamse Schouwburg
15 et 16 novembre 2014 - Festival Temporada Alta, Girone (Espagne)
19 au 22 novembre 2014 - Théâtre Garonne, Toulouse
8 au 29 janvier 2015 - Théâtre de la Commune, Aubervilliers - Paris

 

Parenté thématique repérée dans la tête du spectateur

Le retour – d’Harold Pinter, mise en scène de Luc Bondy

Viejo, solo y puto

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