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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Les marchands

Publié par Saad sur 8 Novembre 2014, 18:33pm

Catégories : #Les pépites du spectateur, #Création 2006, #théâtre contemporain, #Théâtre-récit

Une création théâtrale de Joël Pommerat -- Assistanat à la mise en scène – création : Caroline Logiou -- Assistanat à la mise en scène – reprise : Pierre-Yves Le Borgne et Lucia Trotta – photos © Elisabeth Carecchio -- vu le 6/11/14 au TNT-Toulouse

Les marchands
Les marchands

« Les Marchands […] n’est pas une pièce sur le travail, mais sur son idéologie, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. C’est une pièce sur la valeur que les hommes ont accordée au travail, comment ils l’ont investie sur le plan imaginaire, au point de lui attribuer une place centrale dans leur vie et dans la société. », explique Joël Pommerat dans sa note de présentation rédigée pour la reprise de ce spectacle en septembre 2013.

   On ne contredira pas l’auteur/metteur en scène même si le texte dépasse allégrement le cadre du rapport au travail pour évoquer par ailleurs le quotidien de deux femmes de condition modeste, unies par toutes les discussions et gestes constitutifs d’une amitié. La description approfondie de ce quotidien vécu par ces deux personnages principaux, individuellement et collectivement, leur donne tellement de chair (alors même que leur prénoms ne sont jamais prononcés !) qu’il paraît donc difficile de résumer Les Marchands à une seule fable sur la place accordée au travail.

   Dans cette histoire il y a donc la narratrice, qui s’estime heureuse d’avoir un travail d’ouvrière sur une chaîne de production en usine (« Norscilor ») malgré le martyr que celui-ci lui fait endurer - cette femme ayant littéralement placé le travail au centre de sa vie - et face à elle son amie qui est dans une posture opposée : oisive et ne sachant nullement gérer son capital ni s’occuper de son fils, à tel point qu’elle se brouille rapidement avec son entourage en lui quémandant des emprunts. Le langage est simple mais la narration est plus complexe, relatant moult anecdotes sur les réunions familiales, les expériences médiumniques dans lesquelles les deux amies s’embarquent et même des anecdotes sur des personnages secondaires qui ne paraissent pas nécessaires aux rouages du texte, soulevant le seul bémol que l’on trouvera à cette pièce : avec cette kyrielle d’épisodes relatés en 1h50, où veut bien en venir Joël Pommerat ?

   Pas simple de cerner l’intention de l’auteur tant la matière est riche, mais avec une mise en scène aussi caractérisée que parfaitement maîtrisée, force est de constater que le travers de l‘éparpillement est balayé comme une brindille. Dans ce théâtre où la narration est assurée par une voix OFF et un immense défilé de tableaux mimés par les comédiens, il n’y a pas de place pour la moindre défaillance. Le rythme avec lequel les scènes s’enchaînent et les éclairages mettant en scène les apparitions surnaturelles relèvent presque de la prestidigitation, et la mise en image de ce récit est d’un ton glauque à souhait, qu’il s’agisse des réunions familiales mutiques et figées autour d’un poste de télévision, ou des scènes à l’usine accompagnées par la mélancolie d’Eric Satie, sa plus fameuse gymnopédie étant pour l’occasion décapée à coups de bruits métalliques…

   On aura beau débattre des heures durant sur le véritable objet de cette pièce (si tant est qu’il y en ait un seul !), on gardera surtout en mémoire sa mise en scène impressionnante de cohérence.

 

 

Calendrier représentations : voir ici

A lire aussi, du même auteur et metteur en scène: Cendrillon

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