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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Inventer de nouvelles erreurs

Publié par Saad sur 19 Novembre 2014, 22:56pm

Catégories : #*, #Création 2014, #Hors des sentiers battus

Inventer de nouvelles erreurs

De & par la Compagnie Grand Magasin, musique de Tom Johnson - vu le 18/11/14 au Petit théâtre - TNT Toulouse

 

L’anti-spectacle s’attire l’antipathie

 

   Habituellement, la posture dans laquelle s’inscrivent la plupart des critiques de théâtre est de mettre en avant leurs coups de cœur, tout en étant plus sélectifs sur leurs coups de gueule, soit pour épargner les petites compagnies qui se seraient gaufrées et pour lesquelles l’organisation de répétitions et spectacles est déjà bien assez compliquée comme ça, soit pour éviter de se joindre à la promotion de spectacles qui ont intégré le sérail des scènes institutionnelles.

   Et puis il y a toujours les petits imprévus comme celui soumis actuellement par la compagnie Grand Magasin, à savoir un « anti-spectacle » intitulé Inventer de nouvelles erreurs. Le cas m'apparait  nouveau car j’ai toujours pensé qu’il était absolument nécessaire pour une troupe de bien s’amuser pour parvenir à embarquer le public dans son aventure, à tel point que je plaçais ce critère comme première nécessité dans tout projet théâtral, bien avant la teneur du texte à défendre. Et voilà que débarque Grand Magasin avec une prestation qui prouve mieux que n’importe quelle autre que le plaisir à jouer d’une troupe peut être complètement impénétrable. Le programme de salle la décrit en ces termes :

« Inventer de nouvelles erreurs s'inspire des « comédies de coulisses » relatant les étapes de la réalisation d'une comédie musicale. On y raconte la genèse d'un bref opéra, la conception du livret, la rencontre avec le compositeur, le choix des interprètes, les préparatifs, avant de conclure par l'exécution de l'ouvrage. Ce dernier s'appuie sur une anecdote contée au 17e siècle par le philosophe Leibniz. Je me souviens qu'une grande princesse, qui est d'un esprit sublime, dit un jour en se promenant dans son jardin qu'elle ne croyait pas qu'il y avait deux feuilles parfaitement semblables. Un gentilhomme d'esprit, qui était de la promenade, crut qu'il serait facile d'en trouver ; mais quoiqu'il en cherchât beaucoup, il fut convaincu par ses yeux qu'on pouvait toujours y remarquer de la différence.»

   Sur le plateau, après une brève présentation du compositeur, des deux flûtistes et des deux chanteuses sopranos engagées pour exécuter la partition du mini opéra, les 6 comédiens (3 femmes et 3 hommes) commencent leur prestation avec les préparatifs d’un vaste de jeu de rôle. Les demandes du type « donne moi un prénom, donne moi une ville, donne moi une distance, une taille, des parties du corps etc… » abondent et cette pluie de critères échangés entre les six artistes ne s’interrompt qu’au bout d’une heure interminable. S’il faut reconnaître que la mémoire des comédiens parait louable dans cette restitution impressionnante de texte aussi fragmenté qu’incompréhensible, quid du propos ? Où est la mise en scène d’un mini opéra en chantier dans cette gigantesque énumération clinique de caractéristiques qui font tourner le potentiel burlesque au saugrenu le plus ennuyeux ? A en juger par le déroulement de Inventer de nouvelles erreurs, un constat et une question se dressent :

1) La preuve est faite qu’une troupe qui s’amuse sur scène peut être à mille lieues d’amuser le public, jusqu’à changer la scène en temple de l’hermétisme.

2) Ne parait-il pas paradoxal de proposer un « anti-spectacle » dans une salle de « spectacle » ?

   Précisons que les personnes qui vont au théâtre, après s’être acquittées pour la plupart d’un droit d’entrée allant généralement d’une dizaine d’euros à vingt cinq euros, n’ont pas forcément envie de former un « anti-public ». Partant de l’idée qu’un « anti-public » est un groupe d’individus réunis sans chercher à prêter leur attention, c’est partout ailleurs que dans des salles de spectacles que la compagnie Grand Magasin devrait jouer – pour ne pas dire tester - son « anti-spectacle », car l’argent déboursé par les institutions culturelles pour acheter cette prestation m’a tout l’air d’un « anti-investissement », et par conséquent d’un « anti-service public ».

   Aussi sympathiques que puissent paraître des artistes qui se risquent à ouvrir de nouvelles portes quittes à commettre un suicide artistique, Inventer de nouvelles erreurs peinera à susciter autre chose que de l’antipathie, surtout par les temps qui courent.

 

Représentations :

Du 18 au 22 novembre au Petit théâtre du TNT Toulouse

Interview de présentation disponible sur le site du TNT

Commenter cet article

CdeMills 22/11/2014 12:02

Merci. Merci de faire partager que torturer un seule phrase durant près d'une heure trente est également une torture pour le spectateur.

Saad 22/11/2014 15:42

Mais je vous en prie ! C'est bien la vocation principale de ce blog: émettre des opinions avec le maximum d'indépendance possible. Cordialement. Saad

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