Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Concerto en Lutte Majeure

Publié par Saad sur 6 Novembre 2014, 17:21pm

Catégories : #Danse, #théâtre contemporain, #Création 2014

Conception : Brigitte Fischer – Cie Les furieuses -- Avec : Lise Laffont, Grégory Bourut et Brigitte Fischer -- Voix Off : Douma Poésy – vu le 4/11/14 au théâtre du Pavé – Toulouse

Concerto en Lutte Majeure

   Un spectacle peut être une bonne occasion de rendre hommage à une ou plusieurs personnes en particulier, que celles-ci soient célèbres (tel l'écrivain Hervé Guibert cité par J-C Gallotta dans Racheter la mort des gestes) ou parfaitement anonymes (comme dans Lettres à nos hommes qui sont là-bas). Avec Concerto en Lutte Majeure, la danseuse chorégraphe Brigitte Fischer introduit les pensées humanistes de son amie Douma Poesy, véritable source d'inspiration pour un spectacle aussi physique que songeur.

   Sur le plateau, l'oeil du public rencontre d'abord quelques grandes bouées pneumatiques, dont quelques-unes agencées comme une pyramide, ainsi qu’un vieux drapeau usé illustrant une kyrielle de poissons blancs sur fond noir. Le son des vagues achève de planter une ambiance de plage abandonnée, tandis que, engourdie sur un tas de bouées, une demoiselle portant des bas déchirés s’amuse avec son chewing gum pour tuer le temps. Cette sorte de naufragée ne tardera pas à être rejointe par un compagnon lui aussi égaré, alors qu’un troisième personnage s’introduit en voix off. Cette voix est donc celle de Douma Poesy, philosophe et traductrice, qui interviendra régulièrement tout au long du spectacle, avec son timbre chargé d’expérience, distillant des propos soigneusement sélectionnés par Brigitte Fischer.

   « J’ai grandi sans la chaleur d’une famille […] je n’espère pas, mais je ne désespère pas non plus »… Avec l’éloquence d’une poétesse et la distanciation d’une philosophe, Douma Poesy évoque des instants de vie que la question Pourquoi manque-t-il tant d’amour dans les yeux des hommes ?, taguée sur le carton servant de refuge à la naufragée, semble bien résumer.

   Au demeurant, lorsque sa traduction du mot « dépendance » passe par une anecdote évoquant celle d’un ami romain pour la « pasta » habituellement préparée par sa mère ou que, sur le plateau, des parades amoureuses soutenues par des musiques très élégantes succèdent à des passages plus ou moins dansés sur des chansons plus populaires, on songe plutôt que ce sont la légèreté et l’appel à la beauté qui prennent le pas sur la gravité du naufrage, rejoignant l’invitation de la philosophe à surmonter les blessures pour conjurer le misérabilisme et accéder à quelques pages de contemplation sereine, enveloppées par le leitmotiv des vagues qui ballottent doucement l’existence des deux vagabonds.

   Tantôt conté, tantôt gesticulé, tantôt dansé, Concerto en Lutte Majeure n'en reste pas moins homogène, la voix, les sons et les gestes se relayant dans une belle célébration d’humanisme.

 

Représentations:

au théâtre du Pavé – Toulouse, jusqu’au 9 novembre 2014

Parentés théâtrales repérées dans la tête du spectateur: voir lien ci-dessous

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents