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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Au monde

Publié par Saad sur 13 Novembre 2014, 22:24pm

Catégories : #Création 2004, #théâtre contemporain, #*

Une création théâtrale de Joël Pommerat -- Assistanat à la mise en scène – création : Caroline Logiou -- Assistanat à la mise en scène – reprise : Pierre-Yves Le Borgne et Lucia Trotta – photo © Elisabeth Carecchio -- vu le 12/11/14 au TNT-Toulouse

Au monde

 

Surface du réel et profondeur du malaise

 

« Dans un huis clos sombre comme un gouffre, comme un ventre, une famille se protège de la lumière et de la vie du dehors. La scène s'ouvre avec la célébration de l'anniversaire de la fille adoptée, et le retour du fils cadet, militaire. […] ». Ainsi commence le résumé que l’on peut lire en quatrième de couverture de Au monde, pièce inaugurant en 2004 une trilogie poursuivie avec D’une seule main (2005) et Les Marchands (2006).

   Comme dans Les Marchands, que la compagnie Louis Brouillard reprend en alternance avec  cette pièce depuis septembre 2013, la famille qui se présente à nos yeux est plongée dans de sérieux soucis de communication. Sous la faible lumière qui caractérise tant ses mises en scène, Joël Pommerat dresse « un huis clos sans véritable action concrète, avec beaucoup de considérations philosophiques et existentielles *». Une pièce de paroles et d’ambiance donc, dans laquelle on relève des scènes très parlantes comme celles où la posture mutique et malaisée d’Ori, le fils cadet, en disent long sur la chape de plomb qui pèse sur ses épaules, celles où les prises de paroles éructent comme la lave des volcans trop longtemps endormis ou encore celles où la jeune femme engagée dans la maison pour on ne sait quelles tâches exactement traverse le plateau à la manière d’un fantôme, comme un symptôme supplémentaire de tout ce qui est présent dans cette famille sans jamais être dit.

   Entre changements de sujets, logorrhées et non-dits, la succession des tableaux peut paraître aussi décousue que réaliste, cependant force est de constater que la mise en scène de Joël Pommerat parvient à ramasser ce désordre pour le dresser en un univers cohérent. Gros bémol cependant : à trop bien restituer le délitement de cette famille ultra névrosée, la pièce finit par se faire aussi repoussante que son objet. Le spectacle serait-il victime alors de sa propre intention ? C’est bien possible en l’occurrence. Mais pour mieux comprendre l’état de perplexité dans lequel ce spectacle peut laisser, on laissera le dernier mot à l’auteur - une fois n’est pas coutume - en citant un extrait de l’entretien qu’il a accordé à Jean-François Perrier pendant le Festival d’Avignon de 2006 :

« Ce qui est clair pour moi, c'est que, quand j'ai commencé à écrire Au monde, j'ai décidé de nommer beaucoup plus directement les choses. Et j'ai décidé de porter un regard direct sur la société. Avant Au monde, je me plaçais exactement comme un auteur qui aurait vécu dans une société totalitaire, qui l'aurait empêché de dire les choses et qui donc aurait parlé des choses en déguisant ses motifs pour éviter la censure. J'étais dans un théâtre qui ne semblait pas parler du monde présent. Là au contraire, je suis allé chercher le plus trivial, le plus visible. A la surface du monde pourrait-on dire. Je sentais bien qu'on me faisait le procès de ne pas parler du monde. Je me suis proposé de traiter la surface du réel. »

 

* Joël Pommerat, le 6 septembre 2013. Texte issu du programme de salle pour Au monde et Les Marchands.

 

Représentations : voir ici

A lire aussi, du même auteur & metteur en scène:

Les Marchands

Cendrillon

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