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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


My dinner with André

Publié par Saad sur 28 Octobre 2014, 12:59pm

Catégories : #théâtre contemporain, #Création 2005, #Les pépites du spectateur

D’après le scénario du film éponyme de Louis Malle ∙ Texte : André Gregory et Wallace Shawn ∙ Traduction Martine Bom ∙ Adaptation & interprétation Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede – Photos : Thomas Walgrave --Vu le 25/10/2014 au théâtre Garonne

My dinner with André
My dinner with André

Petit marathon discursif en toute convivialité

 

   S’il y a bien un argument susceptible de faire fuir les masses au théâtre (comme au cinéma d’ailleurs), c’est la durée du spectacle présenté. Qui pousserait avec allégresse les portes d’une salle où le programme annonce 3h30 de spectacle sans entracte ? Pourtant, une fois surmonté cette crainte bien légitime, force est de constater que My dinner with André parvient à capter l‘attention du spectateur de bout en bout. Au menu du jour : petit marathon discursif en toute convivialité.

   La pièce commence d’ailleurs sur un procédé tout aussi atypique que sa longueur : un court métrage est diffusé sur quatre (trop) petits écrans disséminés sur le plateau. Introduction dans laquelle on suit Wally (Damiaan de Schrijver) déambulant dans un centre ville, sa voix off évoquant ses choix de vie ainsi que son rendez-vous du soir qui va l’amener à retrouver André, un vieil ami, autour de cette table qui est dressée là, juste en face du public. Entrée de cet homme replet sur le plateau et salutations auprès du duo de chefs qui a commencé à s’activer dans la cuisine installée en fond de scène, avant d’accueillir à son tour André (Peter Van den Eede), homme fluet et distingué dont le faciès et l’allure rappellent étrangement l‘acteur américain Ben Kingsley. La scène de retrouvailles ne manque pas de sel, les deux compères se bécotant comme de gros nounours pendant deux bonnes minutes.

   Une fois installés à table, on est alors en droit de se demander comment ils vont réussir à nourrir l’intérêt du spectateur pendant les trois heures au cours desquelles eux se tapent la cloche lentement mais sûrement tout en causant théâtre, Grotowski, sens de la vie, expérimentations créatrices pour le moins farfelues, Bertolt Brecht, juifs hassidiques, adultère […] et bien d’autres sujets encore qui arrivent comme autant de petits croûtons sucrés dans une soupe bien assaisonnée. Au fil de moult digressions, le texte évoque avec réalisme tous les méandres d’une discussion à bâtons rompus et trouve son équilibre entre réflexions bien senties, telles que la dimension fascisante de la « sentimentalité totalitaire » qui traverse le conte du Petit Prince (écrit par un certain St « Esprit » !), la localisation physique de la vérité en ce bas monde (assurément un sommet de la discussion… - ça c’est pour ceux qui ont vu ou verront le spectacle) et considérations plus légères mais largement tout aussi croustillantes sur pléthore de sujets.

   Ce vent de liberté goguenarde ne serait pas aussi charmeur sans le naturel assez déconcertant d’un duo qui fonctionne sur une opposition classique (un ours obsédé par la bouffe et terré dans un quotidien laborieux tandis que son acolyte tout maigrichon n’arrête pas de narrer ses anecdotes complètement barrées comme autant de révélations subliminales) et le comique visuel qui accompagne les discussions, la façon dont André empêche Wally de se goinfrer étant finement pensée.

   La pièce ne se limite pas au jeu entre comédiens, la mise en scène laissant les nombreuses interactions avec le public cohabiter le plus naturellement du monde avec le déroulement de la fiction. Damiaan de Schrijver s’en donne alors à cœur joie pour faire moult allers-retours entre son rôle et des mimiques un peu cabotines, allant jusqu’à pousser la connivence avec les spectateurs en interrompant le spectacle pour livrer des anecdotes sur la fabrication du spectacle même, tandis que Peter Van den Eede joue à rester dans les clous, ne sortant de son personnage qu’avec beaucoup plus de discrétion.

   Des plaisirs de texte et de comédie qui valent assurément à My dinner with André le statut de pièce culte, celle-ci ayant par ailleurs été créée près d’une décennie auparavant * et étant adaptée du film éponyme de Louis Malle, sorti en 1981. (*2005 correspond à la création de la version française, la pièce originale datant de 1998)

 

Pour un plaisir complet assistez à la pièce ET lisez la critique très pointue de J.J. Delfour, intitulée "Le pentagramme du plaisir théâtral"


TOURNÉE 2014 - 2015

  • 7 et 8 octobre - Théâtre de Nîmes
  • 14 et 15 octobre - Le parvis, Scène Nationale Tarbes-Pyrénées
  • du 3 au 5, du 7 au 10 et du 12 au 14 novembre Théâtre de la Bastille, Paris
  • le 18 et 19 novembre - TCM / Théâtre de Charleville-Mézières
  • du 9 au 13 décembre - MC2, Grenoble
  • du 17 au 20 décembre - Théâtre Saint-Gervais, Genève (Suisse)
  • du 25 au 28 février 2015 - KVS_BOL, Bruxelles (Belgique)

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