Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Sur la Route

Publié par Nicolas sur 16 Juillet 2014, 15:46pm

Catégories : #Avignon OFF 2014, #Détournement de critique, #Cabaret- théâtre musical- danse

Sur la Route

Lecture-spectacle théâtrale et musicale autour de la Beat Generation. Mise en scène par Philippe Calvario. Avec Philippe Calvario, Jil Caplan, Seb Martel.

 

 

Le folklore sans le fond…

 

   Je ne sais pas si vous avez déjà chanté dans une salle cylindrique… Ça donne un son si particulier, chaud, rassurant... C’est ce que permet le théâtre la Condition des Soies et c’est particulièrement bien adapté pour ce spectacle musical Sur la Route. Les voix chaudes et sensuelles de Jil Caplan et Seb Martel y sont merveilleusement mises en valeur.

   Autant le dire tout de suite, j’ai un a priori favorable sur le travail de Philippe Calvario. J’avais adoré La mouette, version moderne et rock’n’roll, il y quelques années au théâtre des Bouffes du Nord, et j’ai pu apprécier plus récemment sa mise en scène délirante des jeux de l’amour et du hasard (Marivaux).

   J’avais hâte de retrouver ses idées inventives et vivifiantes, inspirées par la Beat Generation. La Beat Generation, c’est  cette bande de joyeux allumés américains dans les années 50/60 (Kerouac, Burroughs, Ginsberg…) qui ont raconté des histoires de héros refusant l’ordre établi et la morale. Jack Kerouac part sur la route, traverse les USA de part et d’autre, en assumant une vie de « vagabond céleste ». John Fante enchaîne les petits boulots et puise dans ses expériences ordinaires le carburant de sa poésie. Pour moi, ce mouvement représente un hymne à la beauté du monde, à l’amour, la liberté et la joie sans souci de la morale et des normes.

   Mais voilà, hélas, trois fois hélas, de l’esprit frondeur de la Beat Generation, il ne reste que le folklore : le whisky, la fumée, la nonchalance. …. La mise en scène apparaît plutôt convenue, satisfaite, superficielle…. alors que je m’attendais à un chant lumineux sur la liberté. La scénographie m’a plutôt évoqué une fin de soirée alcoolisée entre potes… comme si vous vous retrouviez à un attroupement de fumeurs de pétards autour d’un gars qui joue des disques alors que vous pensiez aller à un concert de reggae.

   Ça m’a rappelé ce jour où j’avais vu en vrai un de mes auteurs préférés: Jim Harrisson, héritier de la Beat Generation. J’avais adoré ses romans si délicats et lyriques qui décrivent la poésie du quotidien, de la nature, et de ces hommes cassés, alcooliques mais debout... Et quand j’ai vu en vrai ce type, j’ai été dégoûté. J’ai vu, sur son siège, un gros patapouf qui cherchait à caresser les fesses des jeunes assistantes qui passaient à côté de lui. Une sorte de vieux pervers  en somme.

   Revenons à la pièce. Oublier le fond et ne garder que la forme de la Beat Generation, ce mouvement littéraire et existentiel, c’est tout bonnement l’enterrer, le faire passer à la machine: il en ressort un truc flasque et vaguement dégoûtant.

   Cette impression de travail à moitié accompli et de non respect de l’esprit des textes est renforcée par la lecture des textes, alors que le flyer laisse entendre qu’il s’agit d’un spectacle en bonne et due forme, et non d’une lecture spectacle.

   Qu’on ne s’y trompe pas : les artistes sont connus pour avoir parfois recours à des substances, mais la beauté ne passe pas forcément par des passages à l’acte délictueux. On peut apprécier Les Doors sans prendre de l’héroïne (non ? enfin moi si !). Alors pourquoi se croire obligé de boire du whisky sur scène pour dire des textes de Bukowski, alcoolique notoire ?

Heureusement, de bonnes pépites à la fin !

   Ne soyons pas complètement bégueules, ce spectacle comporte tout de même de bons moments. C’est le cas des chansons et de l’interprétation des deux derniers textes évoquant la cruauté dans les rapports homme/femme. Comme dans cette nouvelle de Bukowski où un homme raconte les calvaires que sa compagne lui fait endurer, celle-ci l’obligeant à maigrir, puis à se taper les flancs, avant de le faire rétrécir pour s’en servir, in fine, de bâton de joie… C’est très drôle et l’interprétation de Calvario en petit homme ahuri mais révolté est extrêmement savoureuse.

   Un spectacle à conseiller pour découvrir les textes de la Beat Generation et apprécier les voix de Seb Martel et Jil Caplan. Mais ne vous attendez pas à y retrouver l’esprit frondeur des « clochards célestes » dans la mise en scène ! Je vous laisse avec cette citation de Kerouac, tirée de On the Road :

« ... because the only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say  a common place thing, but burn, burn, burn like fabulous roman candles ... »

 

Nicolas Alexandre

 

Avignon OFF 2014

Du 8 au 20 juillet 21h35 au théâtre la Condition des Soies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents