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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Promenade de santé

Publié par Saad sur 23 Juillet 2014, 08:08am

Catégories : #théâtre contemporain, #Avignon OFF 2014, #Détournement de critique, #Souriez: vous êtes critiqués

Promenade de santé

Texte : Nicolas Bedos -- Mise en scène : Hélène Theunissen -- Interprètes : Tania Garbarski, Charlie Dupont

Une fois n'est pas coutume, cet article s'inscrit dans la petite série des "détournements de critiques"...

 

Frelatons nos préjugés

 

   Vous êtes blogger, pseudo-journaliste, ou journaliste à peu près crédible et vous êtes à Avignon pour le Festival du OFF 2014.

   Vous appréciez les chroniques de Nicolas Bedos, aussi bien celles qu’il a faites pour la télé que pour la radio. Vous avez vu que sa pièce Promenade de santé était reprise au théâtre du Chêne Noir et vous vous dites : « purée va falloir que j’saisisse l’opportunité de voir ça, mais faut d’abord que j’fasse quelques articles sur des compagnies qui ont plus besoin de pub que ces pièces au succès vraiment arrogant ». Pour autant, vous n’êtes guère plus enclin à faire un article sur « J’ai planqué ta sœur dans le grenier» ou « Star Wars dans ta baignoire » parce que votre bon goût alimente lui aussi vos préjugés.

   Vous passez donc les deux premières semaines du festival en prenant soin – dans la limite de votre bonne foi - de donner la priorité éditoriale de votre média à des compagnies « pas forcément connues mais a priori dignes d’intérêt », puis vient l’heure H, celle où une voix intérieure vous demande si c’est bien moral d’aller encourager « les riches » pendant que « les pauvres » galèrent toujours dans la rue à essayer de refourguer leurs tracts au festivalier qui va voir « les riches » et qui ne veut pas savoir si la sœur restera planquée dans le grenier à la fin de la pièce.

   Vous vous sentez comme un altermondialiste qui fait habituellement ses courses à Biocoop et qui n’ose pas franchir les portiques de la grande surface satanique qui se dresse devant lui.

   Alors…de quoi nous parle… cette promenade de santé (écrite par un riche, jouée par des riches et regardée par au moins 2/3 de pauvres) ?

   Le sous-titre indique « Une comédie romantique, dans un hôpital psychiatrique ». Elle et lui se rencontrent dans le jardin de l’asile psychiatrique dont ils sont tous deux pensionnaires. « Lui est bipolaire, mythomane, obsessionnel, pervers narcissique à tendance suicidaire. Elle est nymphomane, paranoïaque, maniaco-dépressive à tendance schizophrénique ».

   Entre les deux, il y a la plume d’un auteur qui exploite ces deux CV surchargés en névroses pour créer des dialogues plutôt drôles. Vous y retrouvez un peu de l’humour enlevé et corrosif que le railleur le plus brillant de sa génération déploie dans ses chroniques mais vous ne vous tapez pas non plus le cul par terre puisque cet humour est ici largement dilué dans une comédie romantique. Un moment clé de la pièce (une confession de Mlle à son amoureux) vous rappelle cependant que l’esprit de transgression calculée dans lequel l’auteur excelle a fini par percer le cadre assez convenu du texte. Le rire le plus naturel jaillit enfin de cette gorge un peu nouée.

   Vous portez alors votre attention sur le déroulement de la pièce et vous vous dites qu’il y a un peu de fantasmagorie sur ce plateau où les scènes se succèdent en échappant à une chronologie classique. Ici chaque passage est un autre jour ou un autre soir, dans un autre lieu, et vous ne cherchez pas tellement à comprendre ce décalage avec la réalité puisque l’écriture semble porter plus d’attention à l’art du dialogue qu’à l’art de la dramaturgie. Des dialogues interprétés par des comédiens crédibles…

   Même si comme le public vous êtes pris de court à la fin de la pièce (qui a duré 1h05 montre en main au lieu de1h20 indiquées sur l’affiche… hu hum…), vous convenez avec votre subconscient et tutti quanti que vous avez passé un moment globalement agréable.

   Vous avez envie de dire que la prochaine étape pour Nicolas Bedos, ce serait d’écrire une vraie pièce, mais vous vous retenez de pousser la mauvaise foi jusqu’à ce point.

   Vous retournez dans la rue voir les pauvres qui persistent à tracter pour la sœur qui est toujours enfermée dans le grenier ou pour l’artiste qui met en scène des textes de philosophes mais qui n’a pas grand monde pour l’écouter, et vous rentrez faire votre papier après cette promenade de santé.

 

Avignon OFF 2014

Jusau’au 27 juillet 17h00 au théâtre du Chêne Noir

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