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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Des femmes qui tombent

Publié par Bernard + Saad sur 8 Juillet 2014, 11:06am

Catégories : #Création 2014, #Auteurs incontournables, #théâtre contemporain, #Les contributions de Camarade Bernard, #Avignon OFF 2014, #Adaptation théâtrale, #1 spectacle & 2 opinions, #Les pépites du spectateur

Des femmes qui tombent

Textes : D’après l’unique roman de Pierre Desproges et florilège de ses textes -- Mise en scène : Sandra Gaudin -- Compagnie : Un air de Rien

 

   Des femmes qui tombent fait partie des spectacles de fins de journées qui se produisent dans le OFF d’Avignon. De ceux pour lesquels on ne se pose plus sérieusement la question de savoir s’ils vont nous tenir en haleine ou s’ils vont irrémédiablement nous endormir. La référence « Desproges » aiguise pourtant notre curiosité et les six comédiens de l’affiche nous incitent finalement à franchir la porte du Théâtre du Gymnase… pour notre plus grand plaisir.

 

   Le ton est rapidement donné, levant ainsi toute inquiétude quant à l’éventualité d’une faiblesse des paupières. En un instant, la messe est dite, on ne va pas dormir de suite !

   Et de messes, il en est vraiment question, puisque c’est un prêtre rocker à banane complètement déjanté qui lance le spectacle. Une première femme est tombée, poignardée, et ce prêtre tient le micro. Puis  c’est à la grande messe du journal télévisé que l’on assiste, d’un coin perdu de la France profonde. Des femmes meurent étrangement et la France a peur. Enfin, ce sont d'autres textes de Desproges, ceux de ses sketches que l’on connait tous et ses réquisitoires "du tribunal des flagrants délires" qui s’invitent en OFF et en parallèle de l’histoire. Ils font mouche et on les écoute religieusement. Ainsi la question est posée : « depuis la suppression de la peine de mort, est-ce bien toujours la peine de vivre ? ».

   Quant à l’histoire, plutôt extravagante, elle est magnifiquement sublimée par des effets de scène aussi efficaces qu’astucieux et par des comédiens caméléons, énergiques et enthousiastes. Une mise en scène qui fonctionne donc à merveille et un public qui rit de bon cœur.

Bernard

 

Avignon OFF 2014

Du 5 au 27 juillet 22h45 au Théâtre du Gymnase -- Relâche les 14 et 21 juillet.

Découvrez aussi l'opinion du Grand Vizir juste après la fenêtre diapo ci-dessous !

Des femmes qui tombent
Des femmes qui tombent
Des femmes qui tombent

Des femmes qui tombent et une équipe qui gagne

 

   Voilà une bonne dizaine d’années que l’esprit de Desproges revient de façon récurrente hanter les théâtres puisque les artistes sont de plus en plus nombreux à manifester leur passion pour le maître de l’humour super calibré en proposant diverses mises en scène de ses nombreux textes. Il y en a même, comme le très méticuleux Christian Gonon, qui l’ont fait rentrer au répertoire de la Comédie Française. La liste des hommages rendus à Desproges s’est agrandie en 2013 avec Des femmes qui tombent, une adaptation du roman éponyme par la compagnie suisse Un Air de Rien. La liste s’est agrandie ET elle est surtout marquée d’une pierre blanche tant ce spectacle résonne comme un aboutissement.

   Les premières minutes du spectacle donnent le ton : après l‘assassinat express du premier personnage, un curé débarque pour faire un sermon régulièrement entrecoupé de commentaires personnels et de postures rock’n’roll…comment mieux incarner la verve à la fois ultra structurée et démesurément fantaisiste du grand chroniqueur ? On retrouvera tout au long du spectacle ce souci méticuleux du rythme et de la structure, grâce à une mise en scène qui s’appuie sur une scénographie reposant principalement sur la projection de diapositives. Quasiment tous les décors sont donc figurés grâce à trois panneaux aussi mobiles que la fougue corrosive qui galope sous la plume du maître. La cohérence est de mise dans cette course au génie où la compagnie va jusqu’à rire de son propre procédé de mise en scène, comme dans ce passage irrésistible où une comédienne est limitée par l’infrastructure du décor pour illustrer le cliché cinématographique sur le désarroi féminin.

   Plus que des clins d’oeil à l’espièglerie et l’inventivité, les hilarantes pirouettes déployées par la mise en scène dépassent l’hommage au maître pour mettre en oeuvre un théâtre (des représentations et une adaptation textuelle) qui épouse jusqu’au bout l’exigeance du grand inspirateur.

   Bref, ce spectacle est aussi enlevé et réjouissant que les meilleurs réquisitoires du tribunal des flagrants délires, où la verve du virtuose côtoyait les nuages. Desproges peut dormir en paix: la compagnie Un Air de Rien a de quoi être fière, et le spectateur a de quoi être comblé !

Saad

 

“Des femmes qui tombent offre un vivier magnifique pour le théâtre : des personnages peints avec finesse et outrance en même temps, une langue rythmique, imagée, pointue, un contexte politique et social scanné, une intrigue folle et loufoque à l’intérieure de laquelle toute liberté est envisageable. Les lieux communs, la sagesse populaire, les peurs ancestrales, l’inconnu, le racisme, la misogynie, la maladie et le handicap, autant de sujets que nous retrouvons dans ce récit. Il raillait les travers d’une société qui pour lui n’allait déjà pas très bien.”

Sandra Gaudin (extrait du dossier de presse)

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