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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Un clandestin aux Paradis

Publié par Saad sur 14 Juin 2014, 15:29pm

Catégories : #Création 2014, #Théâtre & Réflexion, #Seul en scène

D'après le livre de Vincent Karle (éditions Actes sud junior) -- Adaptation & mise en scène : Hyppolite Onokoko Diumi & Vincent Karle -- Interprétation : Hyppolite Onokoko Diumi – Photos : Vincent Karle

Un clandestin aux Paradis
Un clandestin aux Paradis

Un clandestin aux Paradis raconte une descente de police dans une classe de lycée et l’expulsion d’un lycéen sans-papiers. Un théâtre engagé, porté par un comédien tout aussi investi.

 

   Seul sur scène, Hyppolite Onokoko Diumi incarne le jeune Matéo, lycéen qui va finir par se lier d’amitié avec Zamenga, le « black taliban », comme il l’a d’abord surnommé avec quelques uns de ses camarades de classe. La rencontre entre ces deux jeunes hommes est relatée avec réalisme : face à l’étranger qui n’a pas la même couleur de peau et qui ne parle pas forcément la même langue, il y a des préjugés et une hostilité à surmonter. Passé cette épreuve, il y a alors la découverte de l’autre, sa famille, son passé et même la naissance d’une connivence.
Avant la scène de descente de police autour de laquelle s’articule cette pièce, il y a donc une histoire d’amitié habilement restituée. Puis c’est le choc, au sens littéral:

        « D’un coup on entend des sons bizarres dans le lycée. Des échos de voix dans les couloirs, des bruits de pas dans les étages. La rumeur court dans la classe. On dit : C’est la police ! On dit : C’est une descente ! On dit : C’est la brigade des stups !
        Des policiers en uniforme s'engouffrent dans la salle. Ils nous encerclent. Ils sont armés. Un homme entre avec un chien, un berger allemand qu’il tient en laisse. Un commandant lance : Silence ! C’est une opération de police, personne ne parle, personne ne quitte son siège !
        Je l’écoute pas, je regarde le chien. Il commence à fouiller partout... »*.


   Dans cette scène pour le moins musclée, la tension est soutenue de bout en bout. Elle est même telle que l’on pourrait penser à une charge contre la police un peu caricaturale. Pourtant, c’est bel et bien en réaction à l’arrestation de trois enfants de sans-papiers kosovars, ayant eu lieu en novembre 2008 dans une école primaire de Grenoble (voir ce lien) que Vincent Karle a décidé d’écrire Un clandestin aux Paradis. Un fait réel qui fait froid dans le dos, d’autant que les bavures policières sont par ailleurs une réalité indéniable, qu’elles soient ou non sous les feux de l’actualité.

   A travers une écriture qui retranscrit méticuleusement chaque fait et geste des agents de police, du professeur et des deux élèves et une interprétation qui transpire la tension, ce passage marque assurément les esprits. Efficace pour déclencher une réflexion sur le traitement réservé aux sans papiers par les autorités françaises, et tout à fait convaincant de la part d’un auteur et d’un comédien qui signent là leur première expérience de mise en scène. 

* extrait du texte

 

Prochaines représentations

Le 20 juin 2014 à Villefontaine (38)

Le 24 juillet 2014 à St Antoine l’Abbaye (Festival Textes en l’air)

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