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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Torobaka

Publié par Saad sur 2 Juin 2014, 23:32pm

Catégories : #Danse, #Création 2014, #Hors des sentiers battus

Créé et interprété par Akram Khan et Israel Galván -- Musique arrangée et interprétée par David Azurza, Bobote, Christine Leboutte, B C Manjunath, Bernhard Schimpelsberger -- photos de répétitions : Jean-Louis Fernandez

Torobaka
Torobaka

 

"un parfum qui serait créé avant la fleur dont il émane"

 

Il y a dans le domaine artistique des associations heureuses et ce ne sont pas Akram Khan et Israel Galván, considérés respectivement comme des maîtres en danses kathak et flamenco, qui contrediront ce point de vue.  Leur création commune intitulée Torobaka semble même signifier que de la rencontre des genres naissent de nouvelles singularités.

 

   Sur la scène quasi plongée dans la pénombre, un grand cercle surplombé par des éclairages alignés sur son périmètre. Les deux chorégraphes entrent dans la sphère comme s’il s’agissait de rentrer dans un rituel. Ils s’observent en dansant chacun leurs codes mais échangent aussi des gestes à l’unisson, puis l’obscurité les sépare et on retrouve Israel Galván seul face à un micro en dehors du cercle. La silhouette effilée et les frémissements claqués de l‘artiste ont de quoi emballer. Sa danse semble avoir le charme des contradictions. Etonnant en effet de voir les trépignements des pas claqués et les chants éraillés qui les accompagnent faire corps avec l’économie de gestes et la droiture des postures qui caractérisent par ailleurs le flamenco, et lui donnent une forme de noblesse. Moins brut et d’une chorégraphie apparemment plus complexe, le solo kathak d’Akram Khan déploie lui aussi un charme certain, se laissant même tutoyer par les vocalises et rythmes Flamenco d’un des musiciens - ce qui facilitera probablement les retrouvailles avec son homologue à la fois acolyte et étranger.

 

    En fond de scène, tapis dans une demi pénombre et répartis côtés cour et jardin, les quatre artistes en charge de l’accompagnement (et de l’interaction) vocal et instrumental de la performance. Difficile de qualifier aisément leurs rôles précis tant le chant et la musique déployés par cet ensemble sont atypiques… et c’est tant mieux. Si les rythmes flamenco sont facilement identifiables, ceux de danse kathak sont suffisamment rares pour sonner exotique, et il en va de même pour le scat (jazz vocal) et les nombreuses onomatopées scandées à divers moments du spectacle. Sans parler des chants polyphoniques et de l’impressionnante tessiture couverte par les deux vocalistes – si bien qu’on ne saurait dire si c’est l’homme ou la femme qui chante. Le dialogue et même la fusion des genres sont donc à l’honneur, à l’intérieur du cercle comme en dehors, et les chemins de traverse sont entamés par des artistes virtuoses dans chacune de leurs disciplines.

 

En avance sur son temps ?

    Dans la note d’introduction au spectacle, Akram Khan définit son travail de création avec Israel Galván comme « un parfum qui serait créé avant la fleur dont il émane ». La citation peut sembler prétentieuse, mais difficile à contredire après avoir vu le spectacle. Il y a en effet suffisamment d’avant-gardisme et de singularité classieuse dans Torobaka pour adhérer pleinement au propos du maître chorégraphe.

 

Représentations :

A la MC2 Grenoble jusqu’au samedi 7 juin – relâche mercredi 4

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