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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Vaterland, le pays du père

Publié par Saad sur 19 Mai 2014, 20:52pm

Catégories : #Création 2010, #théâtre contemporain

Photos par Thomas Faverjon
Photos par Thomas Faverjon
Photos par Thomas Faverjon

Photos par Thomas Faverjon

Texte de Jean-Paul Wenzel, mis en scène par Cécile Backès – Vu le 17/05/2014 à la MC2-Grenoble.

 

La narration complexe est-elle transposable sur scène ?

 

   Samedi soir s’est jouée à la MC2 la toute dernière représentation de Vaterland, le pays du père, texte de Jean-Paul Wenzel mis en scène par Cécile Backès. Sur le tract promotionnel publié par la MC2 pour ce spectacle, on peut lire une citation extraite du célèbre site de critiques Les Trois Coups évoquant « une mise en scène fine et personnelle du récit intime de Jean-Paul Wenzel » ainsi « qu’un road-movie rock joliment orchestré ». J’aimerais partager l’enthousiasme de ma consoeur passionnée de théâtre, dont la critique m’a paru au demeurant convaincante, mais Vaterland a achevé de me conforter dans l’idée que la transposition des espaces mentaux (pour reprendre un terme tout à fait parlant de son article) sur un plateau de théâtre est une affaire bien délicate… surtout quand elle passe par un trop plein de narration.

   Je passerai très rapidement sur la mise en scène qui ne manque pas de finesse et à laquelle ma consoeur rend justice - et j’ajouterai même que l’interprétation en direct de 2 ou 3 chansons a le mérite d’être originale en plus d’être agréable puisque le public a rarement l’occasion d’entendre un chanteur seulement accompagné d’une basse électrique – pour en venir donc à cette narration qui passe difficilement l’épreuve de la scène.

   Au cours de la saison 2010/2011, j’avais assisté au premier volet d’un triptyque sur les Rêveries du promeneur solitaire (Jean Jacques Rousseau) porté par le très investi Jean-Vincent Brisa... A la lecture de ce texte quelques années auparavant, je l’avais ressenti comme une sommité de finesse littéraire et là, assis dans les gradins du théâtre Ste Marie d’En Bas, j’avais commencé à soupirer d’ennui au bout de même pas cinq minutes. J’avais alors eu l’occasion de repenser à ce que m’avait dit l’ami Nicolas* après que je l’avais invité à lire ces mêmes Rêveries : « c’est beau mais il ne se passe rien !». Il y a comme ça des commentaires qui en disent long sur les limites de la Beauté, en l’occurrence celle d’un récit très inspiré. Un(e) écrivain qui relate ses états d’âme peut offrir un véritable régal de lecture sur le papier, mais quand le verbe doit se déployer sur un plateau de théâtre il faut qu’il soit particulièrement vivant ou qu’il ait du moins l’air concret ou palpable.

   Dans Tout un homme, autre spectacle signé par le même Jean-Paul Wenzel et récemment passé en revue, il y avait de la narration souvent portée avec panache et une dose suffisante d’interaction entre les personnages du récit pour produire du spectacle vivant. Mais dans Vaterland, il n’y a quasiment pas d’interaction entre les personnages (la seule scène vraiment mémorable sur ce point étant la rencontre entre les deux amoureux) et comme il y est beaucoup question de voyages incessants, aussi bien géographiques que temporels, et de questionnements « existentiels » tous littéralement racontés, je n’ai pas trouvé de point d’accroche au spectacle. Pire : je me suis laissé emberlificoter par la complexité de ce récit à la fois éclaté et emmêlé entre quatre points de vue portés sur le plateau par quatre interprètes, comprenant d’abord que deux d'entre eux jouaient le même personnage à des âges différents… Je me demande alors si la mise en scène de Cécile Backès ne parait pas d’une trop grande richesse, le récit étant suffisamment complexe en lui-même pour appeler une transposition scénique qui puisse clarifier le propos… Mais là j’avoue : je pinaille car l’écriture de Vaterland ne me parait vraiment pas transposable sur un plateau de théâtre.

 

(*Les contributions au blog de l‘ami Nicolas sont visibles ici)

Du même auteur : Tout un homme

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