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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Vortex Temporum

Publié par Saad sur 28 Avril 2014, 03:03am

Catégories : #Création 2013, #Danse, #Détournement de critique, #Souriez: vous êtes critiqués

Vortex Temporum
Vortex Temporum
Vortex Temporum
Vortex Temporum
Vortex Temporum

Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker -- Créé avec et dansé par Bostjan Antoncic, Carlos Garbin, Marie Goudot Cynthia Loemij, Michaël Pomero, Julien Monty, Mark Lorimer -- Créé avec Chrysa Parkinson -- Musique : Vortex Temporum de Gérard Grisey (1996) -- Direction musicale Georges-Elie Octors -- Interprètes : Ensemble Ictus -- photos : Anne van Aerschot / Herman Sorgeloos

 


Une fois n’est pas coutume : ceci n’est pas une critique, mais plutôt un détournement de critique

 

Y a-t-il un lien entre avant-gardisme et froid polaire ?

 

« Vortex Temporum peut être pris comme un défi par le néophyte en danse contemporaine ou plus largement le spectateur occasionnel » m’a dit une voix intérieure, ce qui m’arrange bien pour ouvrir ce papier.

   Je me doutais bien en effet qu’en allant voir ce spectacle j’allais me frotter à un exercice que j’apprécie de plus en plus : comment faire pour dépasser mes préjugés à l’endroit de spectacles dont la seule note de présentation représente un obstacle intellectuel. O ‘ réticence aux textes hermétiques ! Sans toi, quel mérite aurais-je à aller voir des propositions contemporaines ? Je me suis dit : Vortex Temporum semble issu d’une imagination froide comme le Pôle Nord, alors mon gars mets tes moufles, prends ton piolet et essaie de casser la glace qui recouvre cette pièce.

   Gérard Grisey, compositeur de la partition, a dit : « Abolir le matériau au profit de la durée pure est un rêve que je poursuis depuis de nombreuses années. Vortex Temporum n’est peut être que l’histoire d’un arpège dans l’espace et dans le temps… »*

   Merci Gérard, je n’ai rien compris à cette citation mais je ne vous accuserai pas pour autant de prendre les gens pour des idiots – n’y voyez aucune ironie de ma part - d’autant que le spectacle dans son ensemble m’a laissé une sensation de cohérence. C’est qu’il n’y a pas que la musique qui semble procéder d’un désordre de notes a priori accessible aux seuls amateurs d’avant-gardisme.

   Une observation a priori anodine doit être développée : le spectacle étant divisé en une demi douzaine de tableaux, ce sont les musiciens de l’Ensemble Ictus qui ouvrent le bal. Lorsqu’ils entrent sur le plateau, on peut entendre des applaudissements. Ils jouent leur partition et après qu’ils ont quitté la scène, c’est au tour des danseurs de faire leur entrée. Là on peut entendre zéro applaudissements. Etant donné le froid glacial qui règne dans la salle, je serais même tenté de dire que la température est à – 240 applaudissements. Tout en étant admiratif devant la contenance des danseurs qui ne se laissent pas démonter face à la perplexité amplifiée de la situation, je songe à diverses explications.

1e  hypothèse : les gens se sont endormis. Ça arrive, surtout dans le grand théâtre de la MC2. Mais là je n’entends pas de ronflements alors que je suis vraiment bien situé (fauteuil G3). 2e hypothèse : le public est à l’image de la parcelle de civilisation susceptible d’apprécier Vortex Temporum : froid comme un bac à glaçons. 3e  hypothèse : le public est resté perplexe au point de ne pas juger nécessaire d’applaudir les musiciens, mais c’était quand même un peu embêtant pour les danseurs qui passaient derrière.

   Ceux-ci exécutent alors leurs gestes (voir photos et lien vidéo ci-dessous) dans un silence tel qu’on peut parfois entendre les légers bruits occasionnés par les frottements des corps sur les plis des vêtements. Ces gens là sont disciplinés tout en déployant un langage auquel je ne comprends rien. Il y a probablement juste des gestes à apprécier avec les yeux. Sur le sol, il y a tout plein de cercles, qui serviront manifestement de repères pour la chorégraphie imaginée par Anne Teresa De Keersmaeker. Passé cette seconde phase, les danseurs sont alors rejoints par les musiciens. Les cercles tracés commencent alors à être exploités, avec des mouvements et une marche exécutés à rebours, chaque musicien se déplaçant avec son instrument (piano compris) tout en étant suivi par un ou deux danseurs.  Face à la joliesse de certains passages, je songe alors à deux mots essentiels mais je ne vois toujours pas comment je pourrais les articuler intelligemment dans une phrase, sans paraître artificiel à ce stade du papier : « circularité et cohérence ». Je terminerai donc en émettant une hypothèse sur les applaudissements finaux : il y a certainement plein de gens qui ont applaudi avec le cœur ce spectacle qui n’a vraiment rien de populaire mais qui n’est pas déplaisant non plus. Je retiendrai pour ma part une proposition avant-gardiste exécutée avec une rigueur qui force le respect.  Et puis...le Pole Nord, c'est pour les aventuriers,non ?



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