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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


La Position de l'autruche

Publié par Saad sur 26 Mars 2014, 23:47pm

Catégories : #Les pépites du spectateur, #Création 2014, #théâtre contemporain

La Position de l'autruche

Texte et mise en scène : Serge Papagalli -- photo : Bernard Crozas – Vu le 25/03/14 à la MC2-Grenoble

 

Changement de formule… ou presque

Pour beaucoup de spectateurs et notamment les plus jeunes, Serge Papagalli est d’abord l’humoriste du parler dauphinois, pour ne pas dire le fleuron de la parodie pastorale locale. C’est que l’artiste a signé au cours de la précédente décennie des comédies populaires bougrement efficaces sur ce thème, allant même jusqu’à tenter le format cinématographique en 2011 avec Mais y va où le monde ?. Avec La Position de l'autruche, l’auteur change de formule…ou presque.

"Si la société continue à se cacher la tête dans le sable, elle mettra son fondement en danger"

   L’argent est le nerf de la guerre et les traders tapent sur les nerfs des petites gens. Fort de ce constat très répandu, Serge Papagalli propose un huis clos confrontant le point de vue d’un magnat de la finance mondiale assez arrogant au désespoir d’un citoyen lambda, prénommé George,  qui n‘en peut plus qu’on le prenne pour un imbécile, ce qui est un constat encore plus répandu que le précédent…Au cours d’une conférence donnée par le multimillionnaire, George parvient donc à s’introduire sur le plateau pour tenter d’accomplir sa mission : supprimer ce personnage qui incarne le mal contemporain. « Tenter » car l’intrus est bien trop humain pour abattre froidement le suppôt de l’ultralibéralisme, et c’est là que l‘auteur s’en donne à cœur joie pour peindre ce portrait d’idéaliste pétri de contradictions dans lequel nombre de spectateurs pourront se reconnaître. Et pour relancer cette dialectique tout à fait pertinente entre « le lion » et « la gazelle», Papagalli n’hésite pas à faire intervenir un intermédiaire, sorte de psychologue pour cas désespérés envoyé par la préfecture pour résoudre une prise d’otage qui ne semble d’ailleurs pas vraiment affoler les forces de police. La prise d’otages glisse alors peu à peu vers une cellule de soutien psychologique des plus saugrenues (pléonasme ?) mais on n’en dira pas plus sur la suite de ce spectacle où la partition de chaque personnage est à la fois brillamment écrite et interprétée.

   Que faire face aux tragédies ordinaires ?

Papagalli a-t-il une solution pour tous les George qui sommeillent en chacun(e) de nous ? Non, du moins pas de solution aussi directe que celle envisagée par le personnage. Mais à l’instar de Desproges qui préconisait de « vivre heureux en attendant la mort », Papagalli exploite son immense talent pour rire à partir de l’impuissance et de la dimension tragique de notre société en attendant la fin de celle-ci. Que demander de plus à un grand humoriste ?

 

 

En représentation à la MC2 jusqu’au 5 avril

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Tournée Isèroise, voir Le panorama 2014 du spectateur

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