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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Tabou

Publié par Saad sur 18 Février 2014, 11:35am

Catégories : #Les pépites du spectateur, #Coups de cœur cinéma

Tabou
Tabou
Tabou

Réalisé par Miguel Gomes, sorti sur les écrans français le 12 décembre 2012 et rediffusé le 22/02/14 dans le cadre de la 5e Biennale Cinéduc.

 

Si Danslateteduspectateur est un blog avant tout consacré au spectacle vivant, cela n’empêche nullement ses contributeurs et lecteurs d’aller s’aventurer dans des cinémas, surtout quand c’est pour aller y cueillir une lettre d’amour avec ce sommet du romantisme (et accessoirement immense succès critique) qu’est Tabou.

 

   Un des premiers éléments marquants de ce film est la musique simple et malicieuse composée par Joana Sà, qui livre une sorte de poème musical avec ces touches de piano effleurées avec délicatesse (on pense un peu au Clair de lune de Debussy). Cette bande son accompagne un prologue tout aussi charmeur : dans un court métrage que l’on croirait filmé dans les années 20 ou 30, on suit l’errance d’un homme à la triste figure (Don Quichotte est littéralement mentionné) qui parcourt l’Afrique dans l’espoir de fuir son chagrin d’amour alors qu’il sait très bien que c’est impossible. Au bord d’une rivière, il voit apparaître celle que le destin lui a enlevée. La revenante plaint cet homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même : premier contact avec une littérature simple et tragique, aussi séduisante que chez Don Quichotte.

 

   Puis la salle de cinéma où était projeté le court-métrage se rallume : apparition de Pilar, une quinquagénaire portugaise dont on va suivre les pérégrinations dans un Lisbon contemporain. Cette première partie intitulée « Paradis perdu », développe la relation de Pilar avec sa voisine Aurora, une vieille dame très capricieuse qui ne sait pas tenir en place, et la bonne de celle-ci, une capverdienne particulièrement flegmatique.

 

   Si cette première partie peut sembler un peu longue, elle parait néanmoins nécessaire à l’articulation du film, dont la seconde moitié raconte la relation passionnelle que connut Aurora dans sa jeunesse et qu’elle a gardé secrète jusqu’à sa mort. Ayant cependant divulgué l’identité de son amant à Pilar avant son dernier soupir, celle-ci part alors à la recherche du prénommé Ventura. Dès les premiers mots prononcés par ce dernier, on retourne à cette littérature simple et romanesque du prologue: la seconde partie intitulée « le paradis » (à juste titre) peut commencer…

 

   On entend alors la voix élégante de ce vieillard qui jadis connut LE grand amour dans une colonie portugaise en Afrique. On Voit et on Entend ce qu’est le grand amour, car le film vient de basculer dans un cinéma muet… ou presque. Seuls demeurent les sons produits par les actions ou les éléments et surtout cette littérature dite par une voix qui charrie le regret et la nostalgie d’un passé radieux. Un récit ample, en parfaite concordance avec les images, et qui ne se heurte pas aux bruitages propres à telle ou telle scène. Seul l’essentiel de ce qui constitue une romance est dit, et l’harmonie avec les moments de silence atteint alors ses plus hauts degrés d’élégance. C’est peut-être là un des points à partir desquels se déploie le génie du réalisateur avec cette seconde partie: il donne à voir et entendre des éléments de nature différente qui sont cependant en parfaite symbiose. Alors tout coule de source, comme dans le grand amour.

 

Séance : samedi 22 février 17h45 – Cinéma Méliès (Grenoble) dans le cadre de la 5e Biennale Cinéduc.

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