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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Mme Dodin

Publié par Saad + Roland Tarte sur 16 Février 2014, 20:31pm

Catégories : #Création 2014, #théâtre contemporain, #Auteurs incontournables, #1 spectacle & 2 opinions, #Les contributions de Roland Tarte

Mme Dodin

D’après Marguerite Duras -- Adaptation : Sarah Fourage et de Véronique Kapoïan-Favel -- Mise en scène :Véronique Kapoïan-Favel -- photos : Stephanie Nelson et Véronique Kapoïan-Favel -- Vu le 15/02 au Théâtre 145 - Grenoble

 

Mme Dodin est une adaptation scénique de la nouvelle éponyme écrite par Marguerite Duras. A l’instar du texte original, la pièce donne à contempler le portrait de vies modestes et surtout attachantes.

 

   Une empathie qui est probablement due à la gouaille rageuse de Mme Dodin, concierge d’un immeuble perdu dans une rue calme du Paris des années 50. Cette dame ne supporte pas en effet d’avoir à sortir les poubelles des autres et ne manque pas par ailleurs de dispenser ses commentaires sur tout et n’importe quoi à la manière du père Fouettard. C’est cinglant mais ça colle rudement bien à cette partition de vieille dame mi-acariâtre mi-truculente que Véronique Kapoïan-Favel campe à merveille. On pourrait d‘ailleurs se demander si ce personnage n’est pas parfois caricatural, mais comme tout le monde (ou presque) a déjà croisé une Mme Dodin dans sa vie, on se dit que la réalité n’est pas bien loin…

 

   Dans cette chronique de la vie ordinaire des « petites gens », il y a aussi des locataires de passage incarnés par la narratrice - personnage aussi discret que pertinent, Mademoiselle Mimi - un second rôle qui vient apporter son grain de sel aux commentaires de Mme Dodin - et surtout Gaston le balayeur. Quand il ne nettoie pas le trottoir Gaston rêve, seul ou en conversant avec son aînée Mme Dodin : deux compagnons d’infortune qui se manifestent une affection mutuelle sous un voile de pudeur. Si Mme Dodin n’a plus grand-chose à attendre de la vie, Gaston quant à lui rêve de plus en plus fort de s’extraire de sa condition de petit ouvrier anonyme pour aller se dorer la pilule au soleil du Sud et entamer une nouvelle vie, mais la volonté semble lui manquer autant que les 20000 francs qu’il réclame pour concrétiser ce projet…

   Autant d’emportements et d’aspirations qui, inscrits sur un plateau où cette rue anonyme de Paris reconstituée avec juste ce qu’il faut de décor et de bruitages, servent un théâtre d’ambiance et de personnages plutôt séduisant.

 

Prochaines représentations: planning en cours...

Lisez aussi l'opinion de Roland Tarte publiée après la photo

Mme Dodin
La réaction de Roland Tarte (qui a décidé de voir le spectacle deux soirs d’affilée… !)

 

   Certes, je vous accorde O’ Grand Vizir que  ce petit monde est sympathique. J’ai ri de leurs accents populos et j’ai été attendri par les grandes histoires de leurs petites vies.  J’aurai cependant quelques réserves à émettre sur ce qui, à mon sens, constitue les limites de ce spectacle. 

 

   Premières secondes, la narratrice introduit l’histoire. Elle a une voix neutre et artificielle. Elle joue en retenue. A côté, Véronique Kapoïan-Favel ne prononce pas un mot, elle est droite et fière, elle défie la salle. D’emblée le personnage est constitué – la mère Dodin faut pas l’emmerder ! - et jusqu’à la fin, la comédienne tient l’assemblée, trop de métier, trop de maîtrise, elle déroule et ça fait mouche. J’ai trouvé ses partenaires en retrait. Plus jeunes et moins présents, ils n’arrivaient pas à surenchérir avec l’ancienne. J’ai, du coup, eu la sensation que le spectacle n’avait pas atteint tout son potentiel comique. Après plusieurs représentations, le déclic se fera peut-être, sans doute faudrait-il que les comédiens s’amusent un peu plus pour décoincer tout ça et revivifier les échanges.

 

   L’autre élément qui m’a gêné est dans l’architecture générale du spectacle. D’un côté on a un jeu puissant, corporel, expressif, de la bonne grosse comédie qui tâche. Et de l’autre on a des passages plus esthétiques, où on va chercher la belle image. J’ai trouvé ces moments là un peu faibles, participant d’un faux rythme – je pense au balayeur qui se fouille le ventre ou à la projection vidéo. J’ai de plus en plus de mal avec le théâtre qui cherche à nous éblouir, le théâtre pictural, « joli », et dans le cas présent j’ai trouvé que ça ralentissait la dynamique du spectacle. Moi, je voulais juste que le père Gaston et la mère Dodin se titillent et s’engueulent – et que ça joue, bon dieu! Qu’ils lâchent les chevaux ! 

 

   Sinon, je finirais par un point positif, concernant la narratrice sur scène. Elle est dans l’histoire, mais en périphérie de l’action, elle commente. Elle amène un regard qui ouvre les perspectives, elle nous fait un peu respirer. C’est l’écrivain de l’immeuble, et derrière, il y a la figure de Marguerite Duras elle-même. Elle a beaucoup de mots et peu d’actes, beaucoup de monologues et peu de discussions ; un portrait possible de l’écrivain en fait, remplis d’idées et un peu vide de chair.

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