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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Immortels

Publié par Roland Tarte + Saad sur 24 Février 2014, 16:48pm

Catégories : #Création 2014, #théâtre contemporain, #Théâtre & Réflexion, #1 spectacle & 2 opinions, #Les contributions de Roland Tarte

Texte et mise en scène Nasser Djemaï -- Dramaturgie Natacha Diet -- Assistant à la mise en scène Manuel Ulloa -- photo : Louise Rossier -- Vu à la MC2 le 21/02/2014

 

L’immortalité, il faudra bien en faire le deuil

 

Nasser Djemaï voulait montrer « un trou béant où toute la folie et la démesure ont encore leur place ». Ce trou c’est le passage du monde de l’enfance à celui des adultes. Ainsi, les acteurs sur scène combinent la pesanteur des vieux et la légèreté des jeunes. Tout cela sonne juste et m’a beaucoup touché.

   Joachim a perdu son frère, Sam, dans un accident. Pour comprendre les circonstances de sa mort, il va se rapprocher des amis du défunt. Il s’insère dans le groupe et découvre alors l’envers de son frère, ce qu’il cachait à sa famille. La bande est minée par le deuil qui ne passe pas. Elle est aussi impliquée politiquement dans la lutte contre le capitalisme. La question de l’engagement et de l’action politique est traitée avec justesse, thème pourtant assez casse gueule. Les jeunes sont à la fois frileux et excessifs, têtes brulées et têtes pensantes : on y croit. Des comédiens rafraîchissants, qui donnent ce qu’il faut de souplesse et d’impétuosité pour tenir les rôles. Dieu sait que c’est dur d’être juste quand il s’agit d'incarner des jeunes sur scène sans en faire la caricature. J’ai trouvé ça plutôt réussi. Ça joue, c’est vivant, c’est à fleur de peau sans être bordélique, efficace sans être trop léché.

   Autour des comédiens – dans la scénographie, les projections vidéo et la musique - se développe une esthétique vertigineuse. Les jeunes, en prise avec un espace trop grand, plein de vide et de ciel, se débattent avec une ardeur désespérée. Des passages chorégraphiés ralentissent le rythme de l’ensemble, renvoyant au goût prononcé du théâtre contemporain pour l’émotion contenue, bouillonnante, interne. Emotion qui trouve son expression dans une esthétisation du corps de l’acteur, plein de lenteur et de tension. Moi j’ai accroché et ça m’a ému.

                                                                                             

                                                                                                  Roland Tarte

 

Retrouvez aussi (sous les photos) le commentaire du Grand Vizir et les dates de représentations.

Immortels
Immortels

Immortels...mais pas inoubliables

 

   Mon cher Roland Tarte, je vous rejoins dans votre point de vue sur le jeu des acteurs mais j’ai un regard plus mitigé sur cette pièce et pour cause : je l’ai abordée sous un prisme différent. De quoi parle Immortels ? C’est en effet avec cette question en tête que je suis ressorti de ce spectacle où trois thèmes s’entremêlent sans qu’il soit possible d’en distinguer un en particulier. 

   Vous citez Nasser Djemaï en disant qu’il voulait montrer « un trou béant où toute la folie et la démesure ont encore leur place ». Ce que j’ai pour ma part retenu de la note de présentation, c’est que « nous vivons à une époque où nous avons de plus en plus affaire à des deuils difficiles » mais au fond peu importe, car c’est le canevas même du spectacle qui me laisse perplexe. L’écriture m’apparaît en effet comme un diagramme circulaire divisé en trois parts strictement égales, à savoir le deuil de Joachim et de la bande pour Sam, la jeunesse et ses préoccupations sexuelles et enfin la jeunesse et ses préoccupations politiques avec un monde plus juste en ligne de mire. Ces trois chapitres m’ont paru globalement convaincants de par cette matière théâtrale à laquelle vous faites allusion (jeu des acteurs, dialogues en phase avec l’esprit juvénile), mais encore une fois que retenir de cette pièce qui ne sait pas (ou ne veut pas ?) choisir entre ces trois grands ensembles ? Que le fil conducteur est dans la place du deuil au motif que c’est cette question qui ouvre et clôt la pièce ? Trop facile… Il me semble qu’en voulant traiter chacun de ces trois thèmes avec le même degré d’attention, Nasser Djemaï a perdu la distinction entre intrigue principale et intrigues parallèles. En résulte alors un texte plus « étouffe chrétien » que véritablement palpitant. Dense mais sans véritable relief.

                                                                                                        Saad

 

Dates de représentations

  • Sortie Ouest – Béziers 26 et 27 février 2014
  • Théâtre 71, scène nationale de Malakoff du 18 au 28 mars 2014
  • Théâtre Liberté – Toulon 4 avril 2014
  • L’apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val-d-Oise du 8 au 10 avril 2014
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