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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Nema

Publié par Saad sur 22 Novembre 2013, 14:47pm

Catégories : #théâtre contemporain, #Création 2013

Nema

TEXTE DE KOFFI KWAHULÉ - MISE EN SCÈNE : SÉBASTIEN GERACI - Compagnie La Troup'Ment - Vu le 21/11/2013 à l'Amphidice-Université Stendhal Grenoble 3

 

   On peut lire ça et là que Koffi Kwahulé est un auteur qui traite dans ses textes de la violence faite aux femmes. Réputation émanant probablement du succès dont a bénéficié sa pièce Les recluses. Qu’en est-il de Nema ?

 

   Sur scène divers personnages, distingués par leur rang social, avec les patrons d’entreprise d’un côté et les employés de l’autre, mais réunis par une pathologie commune. Tous ou presque, car Idalie semble exempte du lot, bien que prise entre les feux de tous les cinglés qui l’entourent.

   Idalie est la femme de Benjamin, et tous deux occupent la direction de leur entreprise. Ayant remarqué des ecchymoses sur le visage de Nema, leur femme de chambre, le soupçon s’engage sur la sérénité de sa relation conjugale avec Nicolas, fleuriste à la démarche ambiguë.

 

Foisonnement psychologique.

   Quand on entend que ce texte parle de la violence faite aux femmes, on se crispe un peu. Car entre la mère de Benjamin, véritable mère castratrice articulant son fils comme un pantin et malade au point de rejeter la faute sur une belle fille dont elle exagère l’ambition, le couple formé par Nema et Nicolas montrant une femme qui apprécie, au début de sa relation, le sadisme compulsif de son mari et enfin une demoiselle dont la nymphomanie est dépeinte avec cynisme (comme si une femme qui aime le sexe devait obligatoirement être cynique), on assiste à une galerie de personnages qui pourraient bénéficier de l’immunité psychiatrique s’ils étaient convoqués au tribunal. On imagine en effet facilement des experts psychiatres plaider l’altération de la faculté de jugement pour Nicolas, qui va jusqu’à reconnaître ouvertement ses pulsions sadiques, et Benjamin, dont le cheminement narratif démontre qu’il évolue dans la même catégorie que le premier, le recul en moins. Et la violence faite aux femmes dans tout ça ? S’il en est MANIFESTEMENT question, le thème semble toutefois isolé par ce qui ici l’engendre, à savoir la folie perverse qui habite les deux personnages masculins, dont un est par ailleurs conduit vers le mal par sa propre mère. On serait donc plus convaincu par le thème de la violence faite aux femmes si la question de la responsabilité masculine était plus prégnante mais comme on est face à deux pantins désarticulés de surcroît entourés par quatre femmes dont une seule est dépeinte comme « à peu près normale », on est beaucoup plus embarqué par une démonstration que la folie n’a pas de milieu social, le tout sur fond de thriller psychologique.

   La pièce est à voir car, outre la richesse du texte et l’implication des comédiens, la mise en scène, réaliste au point d’assumer la crudité de certains passages, traduit tout à fait l’ambiance malsaine de ce petit monde et parvient à embarquer le spectateur dans une sphère aussi renfermée qu’un bon huis-clos.

 

Prochaines représentations:

SAMEDI 11 JANVIER 2014 LA VENCE SCENE - SAINT-EGREVE
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A
Intéressant ton article. En fait y'aurait, si je te suis: les conséquences qui font que les deux mecs sont barges (Le rôle de la mère pour Nicolas, et pour l'autre mec c'est plus mystérieux) mais en tout cas ça fait réfléchir sur ça: les raisons qui poussent à la perversion, au sadisme. Puis y'a une seconde phase: le moment de la violence conjugale où là c'est la relation de couple qui est mise en avant: le rapport de bourreau- victime. J'ai pas eu l'impression que la pièce insistait plus sur le premier élément comme tu le dis. Je pense ça dépend vraiment de son vécu. Je vais faire un exemple grossier, mais si par exemple on a subit des violences dans sa vie proches de celles vécus par les deux femmes, on va avoir sans doute plus tendance à se mettre la place de Nema et à voir ça du point de vue de la victime (et ce spectacle peut devenir d'une violence insoutenable). Si on est davantage fasciné par les deux personnages masculins barges, on va s'axer, comme tu dis, sur leur psychologie. Peut-être du coup un rapport plus en retrait vis à vis du spectacle, plus observateur. Je serais curieux de sonder les spectateurs pour voir si ce que je dis correspond à la réalité. T'en penses quoi?
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S
Bonjour Alexis<br /> <br /> Merci pour ce commentaire. Pour essayer de répondre à « qu’est ce que t’en penses ? », je dirais que d’une part je pense que je suis d’accord avec ta synthèse. Telle qu’elle se présente, la pièce suscite une certaine pluralité dans les points de vue, et propose donc des raisonnements différents selon les personnages auxquels on s’identifie. Je crois au final que ce qui me passionne le plus dans cette pièce, c’est qu’elle parvient à démontrer que le bourreau peut aussi être initialement une victime (c’est le cas d’au moins un personnage masculin, à savoir Benjamin – et non Nicolas), mais que toutes les victimes n’ont pas vocation à devenir à leur tour des bourreaux (ce qui est le cas de Nema). La pièce semble même reprendre une théorie connue sur la reproduction des souffrances à mesure que l’on en sait plus sur le personnage de Nema. Je n’en dirais pas plus, car j’invite vraiment les spectateurs à tester par eux-mêmes la densité de cette pièce, voir les prochaines dates de représentations. Quant au sondage, tout à fait partant !

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