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Que se passe-t-il dans la tête du spectateur ?

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Billets critiques sur le spectacle vivant & interviews


Et si Didier Super était la réincarnation du Christ – la comédie musicale

Publié par Saad sur 19 Octobre 2013, 15:28pm

Catégories : #Cabaret- théâtre musical- danse, #Hors des sentiers battus, #Les pépites du spectateur, #Souriez: vous êtes critiqués

Vu à l'Heure bleue, Saint Martin d’Hères, le 18/10/2013 - Photo: © Charlotte Gonzales

Et si Didier Super était la réincarnation du Christ – la comédie musicale

Clairvoyance & catharsis de la connerie quotidienne

 

Il y a sur terre deux sortes de cons. Pardon, excusez-moi, on reprend : il y a sur terre deux sortes d’humains : ceux qui savent qu’ils ne sont pas parfaits et ceux qui l’ignorent. Après une représentation de Didier Super, on a envie de rajouter une troisième catégorie pour l’instant encore assez restreinte: ceux qui parviennent à faire évoluer leur condition de con ordinaire en celle de grand artiste qui porte le flambeau de la connerie de l'humanité. Cependant, si Didier Super pratique la bêtise pachydermique, c’est probablement parce qu’il sait que rire de sa propre bêtise, c’est s’adonner à une activité intelligente, même si on rigole comme une hyène. En plus, Didier Super porte des lunettes, donc il est pas complètement con.

   Didier Super est-il la réincarnation du Christ ? Non, Didier Super est mieux que ça, et c’est une question complètement idiote puisqu’on a commencé à y répondre dans le précédent paragraphe. Didier Super avait besoin d’un titre un peu provoc pour son spectacle et c’est tombé sur cette phrase. Ce spectacle donc, c’est la meilleure comédie musicale de tous les temps, puisqu’elle est exempte de toute niaiserie commerciale. La canaille préférée des Français débarque sur scène avec son vélo trial, après que le supposé batteur a complètement raté son intro aux percussions. Le ton est clairement posé : c’est bien à un spectacle préparé avec trois bouts de ficelle et une overdose de second degré que le public va assister.

   On rigole comme des hyènes quand le show se décline comme une gigantesque farce, avec ces numéros d’ex-chanteur engagé qui a besoin de retrouver la haine pour être à nouveau productif. Notre canaille s’est d’ailleurs admirablement bien entourée pour faire monter la sauce. Sur scène c’est une vieille, une pauvre conne et un crétin qui lui donnent la réplique dans sa quête de fiel à produire, accompagnés de deux homme-orchestre pour l’ambiance musicale. Profitons-en au passage pour décerner la palme du comédien le plus doué de sa génération à Jérôme Jolicart (Fabrice le crétin), qui parvient à effacer de son regard toute lueur d’intelligence sans jamais se laisser désarmer par le public absolument hilare. Voilà un rôle de crétin absolu qui brille littéralement sur cette scène entièrement faite de bricolages.

   Ère de la bienpensance oblige, on apprécie aussi le rentre-dedans politiquement incorrect affiché sur des fonds de décor renvoyant à l’hégémonie coloniale de la France ou des chansons telles que « Vilaine racaille à casquette », qui finit sur une réflexion bien sentie quant à notre formatage de spectateur du catastrophisme ambiant et les pulsions racistes (entre autres) qui peuvent en découler. On applaudit enfin et surtout quand Didier Super nous interpelle sur l’utilité des hommes politiques aujourd’hui, renvoyant chacun de nous à la nécessité première de se prendre en main avant de songer à déléguer ses pouvoirs.

   Assurément un spectacle qui fait du bien là où ça fait mal, et surtout un des meilleurs remèdes actuels contre l’autocensure et l’hypocrisie qui menacent chacun de nous.

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